lundi 26 octobre 2009

Et vous ?... II (Fiction Yaoi) - Chapitre 10


Jamais je ne me serais douté de ce qu’il m’attendait lorsque je revis Roland. Je reçus un coup de poing dans l’estomac et mon cœur se déchira en une multitude de morceaux. Le sang s’était figé dans mes veines gelées. Je compris alors ce que je venais de perdre en hésitant autant. Je pris conscience de la profondeur de mes propres sentiments. Dès que mes yeux se posèrent sur lui, je me figeai, interdit. Comment cela était-il possible ? Comment les choses en étaient-elles arrivées là ? Était-ce la fin ? Avait-il terminé de jouer avec moi ? Qu’étais-je donc pour lui ?
L’une de nos conversations me revint alors en mémoire : « … Quand je t’ai sucé l’autre soir, c’était parce que j’en avais envie, ok ? Et je ne pensais pas te revoir un jour. Je te demande pas non plus de me jurer un amour éternel. Tout ce que je voulais c’était me divertir un peu. Si ça t’intéresse pas, pas besoin de venir me voir… » Alors c’était seulement ça, pour lui. Il voulait seulement se « divertir un peu » à mes dépends. Moi, qui pensais que les choses avaient évolué entre nous. Moi, qui, la veille, hurlais comme un fou dans mon lit que j’avais un petit ami. Quel petit ami ?
Roman, aux côtés de son frère, se rendit enfin compte de ma présence et me fit signe de les rejoindre. Machinalement, pris d’une peur panique, je reculai d’un pas, comme s’il allait parcourir, en moins d’une seconde, la dizaine de mètres qui nous séparait et se jeter sur moi afin de me retenir. Il me lança un regard interrogateur. Roland se tourna enfin vers moi, et eut un air méprisant à ma vue. Étais-je entrain de rêve ? Cela ne pouvait pas être la réalité. L’homme que – je le réalisais enfin – j’aimais, ne pouvait pas me regarder ainsi. Je me retournai et partis en courant, fuyant la scène du délit.
« Benjamin ! » cria Roman derrière moi.
Je me réveillai en sueur et le cœur pris d’une triste angoisse. Quelque part, ce nouveau rêve était encore plus perturbant que ceux que j’avais pu faire auparavant sur le corps de Roland frémissant entre mes bras. Ce dernier songe était criant de vérité. Allais-je me rendre compte que j’avais perdu Roland ? Serait-il au bras d’un autre homme lorsque je le verrais dans quelques heures ? Mon anxiété me donnait envie d’aller le rejoindre, dès à présent. Seulement, je ne savais pas où il habitait. Cette peur irrationnelle m’amenait à m’imaginer dans les rues près du parc où nous avions passé un si agréable samedi, entrain de hurler son nom à tort et à travers jusqu’à entendre réponse. Je tentai de chasser ces appréhensions qui me tyrannisaient mais ne parvins pas à me rendormir.
Ce fut donc épuisé que je me rendis à la faculté le lendemain matin. Je vis les jumeaux assis sur leur banc habituel, seuls, à mon grand soulagement. Je m’approchai d’eux.
« T’as une tête horrible ! » me dit Roland en guise de bonjour.
« Tu m’as manqué hier, » répondis-je sans pouvoir dissimuler ma joie de le revoir.
« C’est toi qui ne voulais pas que je vienne chez toi. »
Mon sourire bienheureux disparut. Roman avait donc vendu la mèche. Je lançai un regard furieux à ce dernier, qui en profita pour s’éclipser.
« Je crois qu’on m’appelle, là-bas, » fit-il en se levant.
Il s’éloigna prestement et je fis face à son frère.
« J’arrive pas à croire que tu préfères te confier à mon frère, plutôt qu’à moi.
Oui, mais c’est plus facile de parler de nos problèmes de couple avec quelqu’un d’autre que son petit-ami, » déclarai-je dans un sourire.
« C’est pas une raison, » s’énerva-t-il. « Attends ! Tu as dit petit-ami ? »
J’acquiesçai d’un signe de tête sans me départir de mon sourire, de plus en plus large.
« Et bien, en tant que "petit-ami", » dit-il, joignant le geste à la parole, un grand sourire éclairant son visage, « sache que je me retiens de te sauter au cou.
Et en tant que "petit-ami", » fis-je en imitant sa mimique, « qu’est-ce qui t’empêche de le faire ? »
Sans plus un mot, il se mit debout sur le banc et posa ses mains sur mes épaules, se penchant en avant. Puis, il me sauta dessus, enroulant ses jambes autour de ma taille et ses bras, de mon cou. Je glissai mes mains sous ses fesses afin de le soutenir. Il m’embrassa avec avidité. Je répondis avec plaisir à son baiser, caressant sa langue de la mienne, mouvant mes lèvres contre les siennes. Un raclement de gorge se fit entendre, et nous nous tournâmes vers le gêneur qui n’était autre que Roman.
« Vous vous êtes réconciliés à ce que je vois, » déclara-t-il de sa mine joyeuse. « Je vous préfère comme ça, les gars ! »
Roland sourit, puis posa sa tête contre mon épaule.
« Sinon, j’ai repensé à notre conversation de samedi, et je crois t’avoir trouvé la femme idéale, » lui dis-je.
« Tu as décidé de te débarrasser de Claire ? » me demanda Roland, pour plaisanter.
« Roland, t’es lourd.
Quoi !? » s’énerva-t-il contre moi. « Mais va te faire foutre ! De quel droit tu me parles comme ça ?
Non. Attends ! » tentai-je de le calmer. « Je veux dire que j’ai plus la force de te porter.
Ha ! Tu veux que je descende ? » s’enquit-il alors qu’il mettait déjà un pied à terre.
« Merci. »
Je secouai mes bras endoloris. Roland n’y paraissait pas, mais il était plus costaud que ce que l’on pouvait deviner sous ses vêtements. Toutefois, il refusait à se décoller de moi. Je le poussai un peu afin de m’asseoir sur le banc, et le tirai à moi pour qu’il prît place sur mes genoux. Il passa un bras autour de mes épaules et je fis de même avec sa taille, dans un geste de possession revendiquée. Roman s’assit à côté de nous.
« Bon, alors, » repris-je, « je pensais plutôt te présenter Lise.
En fait, » rétorqua Roman, « je suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
Pourquoi ?
Ben, je suis pas sûr de vouloir une petite amie, finalement. »
Ce fut à cet instant que Laurent nous rejoignit, un air inquiet sur le visage.
« Salut ! » nous dit-il avant de se tourner vers Roman. « Je peux te parler ?
Ouais. Je t’écoute.
- C’est à propos de vendredi soir, » incita-t-il, sans doute dans l’idée que son interlocuteur préfèrerait ne pas aborder de sujet en public.
« Et alors ? » demanda Roman, puis devant les yeux interrogateurs de son ami, ajouta : « Tu peux y aller, ils sont déjà au courant.
Ok ! Et ben, pour ce qu’il s’est passé, ben, j’étais bourré et…
­- C’est bon, » le coupa l’autre. « C’est pas mon truc à moi non plus.
Tu me rassures, » affirma Laurent, visiblement soulagé. « Comme on en n’avait pas parlé, j’avais un peu peur que…
On peut arrêter de parler de ça et faire comme si rien ne s’était passé ?
Ça me va. »
Laurent se tourna vers nous, qui n’avions osé participer à la conversation. Il sembla nous demander notre accord.
« En fait, » dis-je pour répondre, « on cherchait une fille pour Roman. Et j’ai pensé à Lise.
Lise ? Tu déconnes. C’est pas terrible comme choix ! » s’exclama mon camarade de classe. « Elle a un caractère de chien.
Ben, apparemment, ça plaît à certain. Puis, elle n’est pas si méchante. Quand on la connaît bien, elle est super sympa.
Et tu la connais bien à quel point ? » m’interrogea Roland, visiblement jaloux.
Je lui donnai un rapide baiser afin de le rassurer.
« C’est juste une copine de classe, t’inquiète pas, » répondis-je en caressant ses cheveux ras.
«  Admettons, » reprit Laurent. « Mais c’est pas un canon non plus. Ben tiens, la voilà. »
Il fit un signe de tête en direction de la jeune fille qui arrivait sur le campus.
« Mais c’est un thon ! » s’accorda mon petit-ami.
« Ce n’est pas un thon. Tu exagère, » rétorquai-je. « Elle est juste un peu… ronde.
Un peu ? » fit Laurent.
« Ça me gêne pas. » intervint Roman.
Son frère lui lança un regard plus qu’étonné.
« Attends ! D’habitude, tu t’intéresses qu’aux gravures de mode. Qu’est-ce qu’il t’arrive ? On t’a enlevé un morceau du cerveau pendant ton coma ?
Toujours aussi spirituel, petit frère ! En attendant, regarde comment ça s’est terminé avec les autres. Peut-être que je devrais changer de genre de fille, non ?
Tu fais ce que tu veux, moi, je m’en fous ! » se défendit Roland.
« Bon, alors ? Tu veux que je te l’a présente ?
Qu’est-ce que j’ai à perdre ?
Rien, » répondis-je. « Mais, je dois te prévenir. Elle est pas super à l’aise avec les mecs au début. Donc va falloir t’accrocher. Elle te tombera pas dans les bras comme ça. Si t’as pas peur du défi, on y va et je te la présente.
Ok. De toute façon, faut qu’on aille en cours. Alors…
- Ben, bon courage avec elle ! » fit Laurent. « C’est pas gagné ! »
Roman haussa les épaules et ils partirent rejoindre le groupe de nos camarades qui amoncelait devant le bâtiment, en attendant de rentrer en classe. J’obligeai Roland à se lever et me mis debout à mon tour. Je l’embrassai.
« On se voit plus tard. Tu pourrais dormir à la maison ce soir, » lui proposai-je.
« Ok. À toute à l’heure. »
Il m’étreignit une dernière fois et je retrouvai les autres. Lorsque je fus à la hauteur de Roman, je le pris par le bras et l’emmenai en direction de Lise, à l’écart du groupe.
« Salut, Lise, » lui dis-je. « Je te présente Roman.
« C’est ton petit-ami, non ? » demanda-t-elle, sans prendre en compte sa présence.
« Son frère, » lui répondis-je.
« Alors, ça y est. T’as fait ton coming-out ?
Ouais. C’est officiel. Sinon, je pensais que comme Roman est arrivé en milieu de semestre, tu pourrais l’aider à rattraper son retard.
Pourquoi tu ne t’en charges pas ? C’est ton pote, non ?
Ouais, mais j’ai pas mal de difficultés moi-même. Puis, tu es la meilleure de la classe. »
Lise soupira puis étudia Roman de bas en haut.
« Tu sais comment caresser dans le sens du poil, toi au moins. Et sinon, on peut savoir pourquoi monsieur a loupé autant de cours ?
J’étais à l’hôpital, » répondit Roman.
« Ok, je m’en charge, » se résigna-t-elle. « Mais je promets pas d’être gentille.
Oh ! Comme d’hab’, quoi ? » plaisantai-je.
« Je t’aime moins d’un seul coup, » rétorqua-t-elle en fronçant les sourcils.
« Ne mens pas ! On sait tout les deux que tu m’adores. Bon, je vous laisse régler les détails, j’ai un truc à demander à Laurent. »
Sur ces mots, je tournai le dos à Lise et fis un clin d’œil à Roman, qui m’envoya un regard réprobateur. Puis, je les laissai seuls.


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Basé(e) sur une œuvre à lespetiteshistoiresdeloalann.blogspot.com.

14 commentaires:

  1. Ah chui contente. Je trouve que Roland & Benjamin vont vraiment bien ensemble ^^

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  2. Benjamin et Roland forment enfin un vrai couple. Je suis contente pour eux. Il ne reste plus que le pauvre Roman à caser. Avec Laurent?

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  3. Non, non. J'aime pas les histoires où il n'y a que des gays. Roman est hétéro et il le restera. Il finira sans doute avec Lise, mais sûrement pas avec Laurent qui lui aussi est hétéro et le reste.

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  4. Non, pas de jumeaux homo, je trouve que ça fait plus réaliste comme ça.

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  5. hum moi aussi je trouve ça plus réaliste, si d'un coup Roman tournait homo ça ferait un peu bizare, puis elle a l'air bien Lise =)

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  6. mdr ouais jme doute ^^ encore heureux que tu sois sure de tes personnages

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  7. Je pensais qu'il l'était parce qu'il dit à un moment donné qu'il n'est plus sûr de vouloir UNE petite amie.
    Et Benjamin a quelque chose à demander à Laurent. Je pensais qu'il voulait jouer l'intermédiaire entre les deux.
    Mais je suis d'accord avec toi sur le fait que ça ferait trop s'il était gay lui aussi.

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  8. Alors il était pas sûr de vouloir une petite amie parce que les rendez-vous arrangés c'est pas son truc ou qu'il vaut mieux être seul que mal accompagné (tu as le choix dans les explications plausibles). Sinon, si Benjamin dit avoir besoin de parler à Laurent, c'est juste une excuse pour laisser Lise et Roman. Sinon, lorsque Laurent vient parler à Roman, il est inquiet parce qu'il a peur que Roman attende plus de leur nuit tout les deux et il est soulagé quand il apprend que ce n'est pas le cas. Enfin, je croyais que c'était clair mais je suppose que ce ne l'était que pour moi. Oups!

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  9. C'est vrai que le fait que Laurent n'ait pas montré de signes de jalousie ne collait pas avec mon hypothèse. Ne t'inquiète pas. Ton texte est clair. C'est juste qu'un texte n'appartient pas entièrement à son auteur. Chaque lecteur aura sa propre vision des personnages et ressentira les choses selon sa sensibilité. Je sais pas si je suis claire.

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  10. Si j'ai compris. Justement en écrivant mon dernier commentaire, j'étais entrain de me dire que mes lectrices avaient sans doute l'habitude de lire des fictions où tous les personnages (ou presque) étaient gays et que c'était pour ça que l'on pouvait se poser ce genre de questions. Mais, je le répète, ici, ce ne sera pas le cas.

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