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lundi 12 octobre 2009

L'Autre (Fiction Yaoi) - Chapitre 07


Lorsque Marc se réveilla, les premières lueurs du jour n’avaient pas encore percé l’obscurité de la nuit. Il jeta un coup d’œil à son réveil qui lui indiqua qu’il était six heures et demies. Pierre dormait toujours au creux de ses bras. Il resta ainsi quelques minutes, profitant que cette étreinte. Puis, il se risqua à déposer un doux baiser sur la nuque à la peau laiteuse avant de tenter de se dégager précautionneusement pour ne pas réveille son doux prince. Mais il sentit une pression sur son bras qu’il l’empêcha de se lever. Il se pencha au-dessus de son compagnon pour se rendre compte qu’il avait les yeux ouverts.
« Hé ! Bonjour. Je ne t’ai pas réveillé au moins ? » fit alors Marc.
« Non.
Tu veux du café ou une aspirine ? Tu t’es pas mal lâché hier soir.
Ça va.
Ok. Moi, je boirais bien du café. T’as qu’à rester ici et te reposer, d’accord ? Tu peux rester autant que tu veux. »
Pierre ne répondit pas. Le brun fit un mouvement pour se lever mais son ami refusait toujours de le lâcher.
« Pierre ? Il y a quelque chose qui ne va pas ? » demanda-t-il inquiet.
Tu-tu ne me touches plus, » murmura son interlocuteur d’une voix à peine audible tout en lui cachant son visage.
- Quoi ?
- Reste avec moi, encore un peu.
- D’accord. »
­­­Marc reprit sa place. Son cœur battait la chamade. Il devait faire des efforts surhumains pour ne pas laisser libre cours à ses pulsions. De sa main libre, il prit tout de même la liberté de caresser les cheveux blonds de son compagnon. Il pensa que cela devait lui déplaire car Pierre se retourna pour lui faire face. Ce dernier plongea son regard dans le sien et Marc se sentit incompréhensiblement mal à l’aise.
« Pardon, » fit-il timidement, sans connaître la raison de sa gêne.
Pierre le regarda, hésitant. Leurs visages étaient si près l’un de l’autre qu’il pouvait sentir le souffle du brun sur sa peau. Son cœur battait tellement fort qu’il avait l’impression qu’il allait s’échapper de sa poitrine. Et, à cet instant, il eut une envie qu’il ne pu réprimer. Il approcha son visage de celui de son compagnon et l’embrassa. Ce fut un baiser furtif, craintif et rapide. Le blond baissa la tête en rougissant.
Marc resta interdit pendant quelques minutes, ne sachant plus quoi penser. Il scruta Pierre qui n’osait plus bouger. Ce dernier était attendrissant. Le brun l’embrassa sur le front en caressant ses cheveux. Il ne savait pas quoi penser de ce baiser timide qu’on venait de lui donner mais il refusait de laisser place à cette petite voix qui lui disait que Pierre avait changé d’avis à son sujet. Pourtant, lorsque le blond s’accrocha désespérément à lui tel un enfant qui refuse d’être abandonné, il ne pu se retenir plus longtemps.
Il releva la tête de Pierre et l’embrassa à son tour. Cette fois-ci, ce fut une étreinte plus longue, plus tendre aussi. Cependant, Marc n’osa aller plus loin jusqu’à ce qu’il sentît que son compagnon répondait à son baiser. Là, le brun chatouilla les lèvres de son partenaire de sa langue. Ce dernier le laissa faire. La passion s’immisça dans leur enlacement. Leurs langues se mêlèrent dans une danse suave.
Le trentenaire brun oublia leur dernier baiser et le rejet de son compagnon à ce moment-là. Il ne fit pas attention à la maladresse de Pierre ou à son corps qui tremblait entre ses bras. Il avait envie de lui plus que tout. Il voulait lui faire l’amour jusqu’à en perdre haleine. Ses mains commencèrent à se balader sur le corps frissonnant du blond. Il bascula et s’allongea sur son bien-aimé. Il ne se contrôlait plus. Il sentait son excitation grandir dans son bas-ventre. Une de ses mains se faufila sous la chemise du blond qui l’arrêta.
Marc s’assit sur le lit, soudain effrayé par ce qui venait de faire. Il tourna le dos à son ami, incapable de lui faire face.
« Je suis désolé, » dit-il peiné. « Je ferais mieux de me lever.
Attends. »
Il se tourna vers Pierre qui baissa la tête. Un courage mystérieux enveloppa ce dernier et lui donna la force d’avouer ses sentiments à Marc mais surtout à lui-même.
« Laisse-moi juste un peu de temps, d’accord ? Je ne suis pas habitué à faire ça avec un homme.
Qu’est-ce que tu veux dire ?
J’en ai envie aussi. Je ne sais pas pourquoi, mais j’en ai envie. Et ça me fait peur.
Tu es sûr de toi ? Tu es sûr que c’est ce que tu veux ?
Oui, » répondit-il en levant les yeux sur Marc.
Ce dernier reprit sa place à ses côtés et l’embrassa tendrement. Pierre l’enlaça.
« Allez, viens ! » les interrompit le brun. « J’ai vraiment envie d’un café.
D’accord. »
Pierre récupéra ses lunettes et ils se levèrent. Ils quittèrent enfin la chambre en se tenant par la main.

Plus d’un mois passa sans que leur relation n’évoluât. Lorsqu’ils étaient seuls, ils s’embrassaient tendrement, se tenaient pas la main, dormaient enlacés dans les bras l’un de l’autre, sans pour autant aller au-delà. En public, Pierre refusait toujours quelques gestes que ce fût qui auraient pu trahir leur union. Il n’était pas prêt, s’évertuait-il à dire. Marc avait l’impression de revivre ses amours d’adolescent.
Toutes les nuits qu’il partageait avec Pierre, il était réveillé par des caresses lascives. Marc ouvrait alors les yeux pour se rendre compte qu’Eden était près de lui. Toute cette histoire de double personnalité le perturbait toujours autant. Et, à chaque fois, il refusait les avances du jeune homme, sentant que s’il devait y succomber, cela équivaudrait à trahir Pierre. Il ne pouvait se résoudre à faire une chose pareille. Il savait que Pierre et Eden était la même personne, mais c’était de Pierre dont il était amoureux, c’était avec Pierre qu’il sortait, c’était à Pierre qu’il avait envie de faire l’amour et non à son substitut. Et sur ce point, il lui était de plus en plus difficile de se retenir. Il faisait preuve d’une grande patience à l’égard de son compagnon mais commençait à se sentir abusé par ce dernier. Quand se déciderait-il à franchir le pas ? Avait-il l’intention de le franchir ? Ils avaient tout les deux la trentaine passée et bien que Marc l’aimât, il ne pouvait se contenter de cet amour semi-platonique. Il ne savait pas trop comme qualifier leur relation. Étaient-ils un couple ? Étaient-ils amis ? Leurs rapports étaient ambigus et ce, depuis trop longtemps. Aussi, Marc décida qu’il était temps d’agir et de confronter Pierre sur ses propres sentiments.
Un samedi soir, alors qu’ils étaient entrain de regarder un film, assis sur le canapé, dans l’appartement du blond, Marc débuta une approche en caressant la nuque de son compagnon. Avec douceur, il l’amena à se tourner vers lui et l’embrassa tendrement. Pierre répondit avec timidité à son baiser. Leur langue se joignirent, s’enlacèrent, se caressèrent. D’une main assurée, le brun se glissa sous la chemise de son partenaire, qui instantanément, cessa de l’embrasser et s’écarta de lui.
« T’as pas soif ? » demanda ce dernier. « Je vais aller nous chercher un truc à boire. »
Pierre répétait son schéma habituel. À chaque fois que son ami se risquait à un geste trop intime, il fuyait et Marc le laissait faire. Mais cette fois-ci, ce fut différent. Le brun empêcha son compagnon de se lever.
« Pierre !
Marc ?
Faut qu’on en parle.
Parler de quoi ?
De sexe. Ça fait un mois.
Je sais, » répondit le blond en baissant la tête, gêné.
« Tu n’y penses jamais ? Tu n’en as pas envie ?
Si, bien sûr. Mais je ne suis pas prêt.
Oh ! Je t’en pris. Tu n’es pas une gamine de seize ans.
Merci pour la comparaison, » s’irrita Pierre en relevant la tête.
« De quoi as-tu si peur ?
À ton avis ?
Que je te fasse mal ou un truc dans le genre ? Parce que c’est ridicule. Et si c’est à cause de ce que pourrait penser les gens, c’est pire.
Tu vas bien toi ! T’es habitué à tout ça. Pas moi ?
Arrête ! Sérieux. Tu parles comme un ado. On est des hommes, bon sang. On n’a de compte à rendre à personne. Puis, de toute façon, ça regarde qui, ce qu’on fait tout les deux.
Je sais. Tu as raison. Mais j’ai du mal à me faire à l’idée.
Ok ! Alors, on fait quoi ? On continue à se comporter comme deux ados timides ou tu vas enfin accepter à faire l’amour avec moi ? »
Pierre lança un regard indescriptible à son compagnon qui le prit comme une invitation à l’embrasser. Mais le blond le repoussa.
« Arrête !
Oh ! J’en ai marre de tes hésitations. Je rentre chez moi.
- Quoi ? Alors c’est comme ça ? Soit on couche ensemble, soit tu t’en vas.
Mais arrête ! Je pense que j’ai été pas mal patient jusqu’à maintenant. Tu ne peux pas me reprocher d’avoir envie d’être avec toi. Alors quand tu te serras décidé sur ce que tu veux faire, tu n’auras qu’à venir me voir. En attendant, je te laisse réfléchir.
Sur ces mots, Marc prit son manteau et claqua la porte derrière lui, laissant un Pierre attristé. C’était leur première dispute et que cela ait un rapport avec le sexe rendait leur relation instable. Le blond savait que son compagnon avait raison. Il savait qu’il l’avait fait bien trop attendre. Mais le sexe avec un homme était tout de même autre chose que le sexe avec une femme. Puis, Pierre se doutait bien que Marc était du genre actif. Il trouvait ridicule de penser à cela. Après tout si des hommes faisaient l’amour, c’était sans aucun doute qu’il y avait du plaisir à en tirer. Pourtant, tout cela l’effrayait. Il se savait stupide d’hésiter autant. Il s’était rendu compte qu’il aimait Marc et l’idée de le perdre lui brisait le cœur. Il avait envie de lui autant que son compagnon et pourtant, il n’arrivait pas à franchir le cap. Peut-être que le brun avait raison ? Peut-être agissait-il comme une adolescente de seize ans, après tout ?
Plus il y réfléchissait, plus il se rendait compte qu’il avait réagi de manière irrationnelle. Quel mal y avait-il à faire l’amour à l’homme qu’il aimait ? Sans même attendre d’avantage, il se leva, prit son imperméable et ses clefs de voiture, avant de sortir de chez lui en trombe. Il se précipita chez Marc, qui, visiblement, venait juste d’arriver et s’appétait à aller se coucher.
« Et, ben. Ça a était rapide, » fit le brun en ouvrant le porte.
Il se détourna du nouveau venu qui entra dans l’appartement et ferma la porte derrière lui.
« Écoute, » fit Marc en faisant face à son ami. « Je suis désolé, je n’aurai pas du te pousser comme ça. C’était ridicule de m’énerver ainsi et… »
Pierre le coupa en l’embrassant passionnément. Lui aussi avait trop attendu.
« Je n’ai pas envie de te perdre, alors fais-moi l’amour, » dit-il alors qu’ils reprenaient leur souffle après leur baiser enflammé.
Mais Marc le repoussa.
« Ne sois pas ridicule. Tu ne vas pas me perdre et je n’ai pas envie de te forcer à faire quelque chose dont tu n’as pas envie. Tu devrais rentrer chez toi et on en reparlera demain, d’accord ?
Non. J’en ai envie. Je suis désolé de t’avoir autant fait attendre, mais tu avais raison. J’ai été ridicule. J’ai vraiment envie de toi. On a assez attendu comme ça. »
Pierre fit une nouvelle fois un pas vers son compagnon et l’embrassa. Ce dernier ne le repoussa pas. Sans cesser de l’enlacer, il l’amena jusqu’au canapé et l’y fit basculer. Allongé sur le blond, Marc faisait attention aux moindres de ses gestes, évaluant à chaque instant, les réactions de son partenaire. Il glissa une main chaude sous la chemise de Pierre qui frissonna à son contact, mais ne l’arrêta pas. La seule pensée qu’il allait enfin pouvoir lui faire l’amour réussissait à l’exister. Il avait tellement attendu. Pierre devait sentir son membre durcie appuyer contre sa cuisse. Il ne sembla pas s’en effaroucher.
Marc quitta les lèvres de son aimé et l’embrassa dans le cou. Il suçota la chair tendre, la mordit doucement, la lécha lascivement, la marqua tandis qu’il remontait sa main sur le torse viril de Pierre. Il caressa l’un de ses tétons qui pointait sous son contact. Son partenaire frissonnait sous ses doigts mais il ne s’arrêta pas pour autant. Tant que le blond ne le repousserait pas, il continuerait. Il commença donc à déboutonner la chemise de son compagnon et en écarta les pants. Il fit glisser ses lèvres sur cette poitrine libérée. Lentement, il amorça une descente subtile. Il embrassa le téton, déjà excité, de Pierre qui gémit. Il le chatouilla de sa langue, le mordit.
Le brun fit glisser sa main entre les cuisses de son ami. Il massa son sexe à travers le tissu de son pantalon, le sentant grossir dans sa main. Puis, Marc s’engagea à défaire la ceinture ainsi que le zip du pantalon de son compagnon. Le membre gonflé de Pierre tirait sur le tissu de son sous-vêtement. Le brun le libéra alors que ses lèvres descendait jusqu’au nombril de son aimé. Il lui jeta un regard afin de s’assurer de son consentement. Pierre avait les yeux fermés et se mordait la lèvre inférieure. Il ne cessait de trembler d’appréhension. Marc hésita à poursuivre. Peut-être n’était-ce pas ce que Pierre désirait ? Peut-être se forçait-il à le laisser faire ? Il releva la tête, et le blond ouvrit les yeux et le regarda.
« Pourquoi tu t’arrêtes ? » demanda-t-il.
Marc se releva sur ses bras et ses genoux, puis se pencha sur lui pour l’embrasser pudiquement.
« On devrait peut-être s’arrêter là.
Pourquoi ?
Tu es sûr que c’est dont tu as envie ?
Oui.
­­- Alors pourquoi tu trembles comme une feuille dès que je te touche ?
­­­- Je ne dis pas que toutes mes appréhensions ont disparu, mais j’en ai envie.
Je n’ai pas envie de te forcer.
Mais tu ne me forces pas. Puis, tu vas pas me laisser comme ça ? »
Marc baissa les yeux sur le sexe érigé de son compagnon et sourit. Il embrassa profondément son partenaire et attrapa son membre gonflé. Doucement, il commença à le branler. Le brun sentit un liquide chaud couler sur sa main tandis que Pierre gémissait dans sa bouche. Il accéléra le mouvement de ses doigts sur le phallus suintant. Le blond lâcha ses lèvres dans un cri roque de jouissance alors qu’il se libérait. Marc embrassa le visage fiévreux de son ami dont la respiration était haletante. Ce dernier l’enlaça et lui prit les lèvres.
Tandis qu’ils s’embrassaient, Pierre fit glisser une de ses mains jusqu’au sexe de son partenaire avec hésitation. Il défit les boutons de son jeans et Marc ne l’arrêta pas alors qu’il libérait son excitation de son boxer. Le blond la prit et la branla en mimétisme de ce qu’on venait de lui faire. Puis, ce fut autour du brun de se libérer dans la main tremblante de son compagnon dans un râle d’extase. Marc s’effondra sur son compagnon, essoufflé. Il l’embrassa tendrement. Pierre glissa une main sous le pull du brun et lui caressa le dos avec douceur.
Marc cessa de l’embrasser et attrapa une couverture posée sur l’un de fauteuil afin de les en recouvrir. Puis il glissa du corps du blond afin de ne pas l’écraser. Il l’encercla de seq bras et l’embrassa à nouveau. Il se sentait épuisé. Ses yeux commençaient à se fermer tous seuls.
« Quoi ? C’est tout ? » demanda Pierre surpris par les agissements de Marc.
Ce dernier sourit à son bien-aimé et lui caressant le visage.
« Tu t’attendais à quoi ? Tu pensais que j’allais te prendre par derrière avec violence dès la première fois ? Mais si c’est ce que tu veux, je peux le faire.
Non, c’est bon. Alors tu ne voulais pas plus que ça ? »
Le sourire de Marc s’accentua.
« Tu as aimé ? »
Pierre acquiesça timidement pour répondre.
« Alors c’est tout ce que je voulais. Je t’aime, » ajouta-t-il en l’embrassant avec tendresse.
« Moi aussi, » répondit le blond dans un sourire.
Ils continuèrent à s’embrasser avec douceur jusqu’à ce que leurs paupières se fermassent. Enlacés dans les bras l’un de l’autre, ils s’endormirent. Puis, Marc sentit le plaisir l’envahir. Doucement, il ouvrit les yeux pour voir Eden lui sourit. Ce dernier le branlait lascivement. Étrangement, Marc n’avait aucun mal à faire la différence entre les deux personnalités. En un mois, il s’était habitué à être réveillé de cette manière à chaque fois qu’il s’endormait aux côtés de Pierre. Il repoussa la main qui le caressait.
« Arrête, Eden ! »
Le jeune homme blond se positionna sur son coude et regarda le trentenaire d’un air coquin.
« Vous n’avez rien fait, » dit-il plus comme une affirmation que comme une question. « Ne me dis pas que tu peux te contenter d’une petite branlette.
Eden ! Tu es vulgaire. Puis, tu ne devais pas disparaître ?
Si. En fait, c’est la dernière fois que tu me vois. Alors tu peux me dire qu’en est-ce que tu comptes le prendre, » fit le jeune homme dans un sourire narquois.
« Sûrement pas. »
Eden ria. Il adorait voir Marc, habituellement si sûr de lui, aussi mal à l’aise. Puis, son visage devint plus grave.
« Tu prendras soin de lui, hein ? »
Marc fut attendrit par le regard inquiet et enfantin du jeune homme. Il passa une main paternelle dans ses cheveux et caressa sa joue de son pouce.
« Ne t’en fais pas pour ça. Je prendrais soin de lui. Je te le promets. »
Eden eut alors un sourire triste et déposa un chaste baiser sur les lèvres du trentenaire.
« Au revoir, Marc.
Au revoir, Eden. »
Puis, Eden se rallongea et ferma les yeux. Il se rendormit. Marc regarda le visage assoupi de Pierre avec amour. L’autre avait disparu.


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samedi 10 octobre 2009

L'Autre (Fiction Yaoi) - Chapitre 06


Le lendemain matin, aux premières lueurs du jour, Marc se leva. Il quitta le salon pour la cuisine et s’afféra à préparer du café. Il n’avait pas pu dormir de la nuit. Il était épuisé. Il espérait que Pierre ne tarderait pas trop à se lever et à partir. Ainsi, il pourrait prendre une bonne douche et se recoucher, souhaitant récupérer ses heures de sommeil perdues. Toutefois, il n’arrivait pas à passer outre les évènements de la veille. Comment était-il supposé réagir face à Pierre, à présent ? Devait-il l’amener voir un psychiatre ? Devait-il lui parler d’Eden ? Cependant, il avait le sentiment que cette dernière proposition n’était pas très intelligence. Cela faisait presque un mois qu’il connaissait le blond et il savait, par intuition, que ce dernier ne digérerait pas la nouvelle. Le conduire chez un psychiatre était sans doute la réaction la plus sensée. Mais de quel droit pouvait-il se permettre de faire une telle chose ? Pierre n’était pas de sa famille. Il était juste un homme qu’il avait rencontré peu de temps auparavant.
Perdu dans sa réflexion, Marc regardait le liquide noir couler dans la cafetière d’un air distrait, les mains appuyées sur le plan de travail. La machine à café fit un son aigu. Le trentenaire s’extirpa de ses pensées et se redressa. Il prit une tasse dans le placard au-dessus de sa tête et y versa la boisson chaude. Une fumée blanche s’échappait du récipient. Il resta ainsi à l’observer. Il était épuisé et n’arrivait pas à trouver une solution à son problème. Il entendit des pas dans le salon qui marchaient en direction de la cuisine. Lorsqu’il pu deviner la présence de Pierre derrière lui, il lui proposa une tasse de café, sans prendre la peine de se retourner.
« Je-je veux bien, » entendit-il son invité répondre qui s’asseyait à la table de la cuisine.
Marc sortit une autre tasse et y versa du café. Il se retourna enfin sur Pierre et posa la porcelaine devant lui. Puis, il s’écarta et alla s’appuyer contre le plan de travail. Il reprit sa propre tasse et but une gorgée de la boisson amère. Il scruta le blond pendant un moment. Certes, Marc espérait qu’il ne tarderait pas trop à partir, mais il n’avait pas l’intention de le chasser de chez lui. Au bout d’un moment, il se rendit compte que son invité regarder le bol qu’on venait de lui offrir, sans oser y toucher. Le brun ne savait pas trop comment réagir. Pourquoi Pierre était-il aussi statique ? À quoi pensait-il ? Il avait accepté le café, alors pourquoi ne pas le boire ? Cela avait-il un rapport avec Eden ?
« Tu veux du sucre ou du lait ? » lui demanda-t-il dans l’intention de l’amener à dévoiler ses pensées.
« Je veux bien du sucre. »
Marc se maudit mentalement. Pierre restait Pierre. Il n’y avait pas de justification pour le traiter comme une créature étrange. La seule raison pour laquelle son invité ne buvait pas la boisson qu’il lui avait servie était d’une banalité affligeante. Le brun s’en voulait de réagir aussi puérilement. Il n’y avait pas si longtemps, il n’aurait jamais paniqué devant le comportement de Pierre et son attitude face à la situation était ridicule. Après tout, son compagnon était malade. Il n’allait pas pour autant se transformer en un serial killer ou un monstre sortit d’un autre monde. Il restait l’homme maladivement timide que Marc connaissait et savoir qu’il avait une double personnalité dont il ignorait l’existence, n’allait rien changer à cela.
L’hôte secoua la tête et sourit de lui-même. Puis, il se retourna et sortit une boîte métallique d’un des placards, qu’il déposa à côté de Pierre. Ce dernier ouvrit la boîte et se servit de deux sucres qu’il plongea dans son café. Un silence pesant s’installa entre les deux hommes alors qu’ils buvaient leur tasse.
Pierre se sentait de plus en plus mal à l’aise sous le regard insistant de son ami. La manière qu’il avait de le considérer était différente. Peut-être est-ce dû à son refus d’entretenir une relation autre qu’amicale avec lui ? Mais pourtant, il avait l’impression que Marc ne le regardait plus comme quelqu’un qu’il connaissait mais comme une curiosité. Du moins, c’était le sentiment qu’il en avait. Ayant la sensation qu’il était trop tôt pour revenir sur les évènements de la veille, le blond décida qu’il serait préférable de s’éclipser et d’aborder le sujet lors d’une rencontre ultérieure.
« Je crois que… je ferais mieux d’y aller, » annonça-t-il alors en se levant, une fois son café terminé.
Marc continuait de le scruter sans un mot. Le blond se dirigea vers la porte de la cuisine et lança un dernier sourire timide à son hôte.
« On se voit demain au café ? » demanda-t-il, sans pour autant attendre une réponse.
« Je ne peux pas demain. J’ai une réunion avec les partenaires sociaux après la fermeture des bureaux. » Puis posant sa tasse, il poursuivit : « Je crois qu’on devrait arrêter de se voir pendant un petit moment. »
Pierre s’arrêta net, le dos tourné à son ami. Il sentit alors son cœur se déchiffrer sans qu’il ne puisse l’expliquer. Il baissa la tête accablé de tristesse à l’idée de ne plus jamais revoir son ami. Il avait envie de pleurer. Ses yeux s’embuèrent mais aucune larme ne coula. Il n’aurait jamais pensé que Marc réagirait ainsi. Était-ce là un ultimatum ? Devait-il choisir entre être son amant ou ne plus le revoir ? Allait-il perdre Marc comme il avait perdu Eden ? Allait-il vivre toute sa vie dans cette incommensurable solitude qui l’accompagnait depuis son enfance ?
Pierre n’avait jamais eu le don de se faire des amis. Depuis sa plus tendre enfance, il avait toujours évolué en marge des autres. Peut-être était-ce dû à sa timidité ou peut-être était-ce parce qu’il n’arrivait pas à s’attacher aux personnes qui l’entouraient ? Eden avait été son premier ami. Puis, il y avait eu Marc. Il ne s’était jamais senti aussi heureux que lorsqu’il passait du temps avec lui. Il se sentait de plus en plus à l’aise avec cet homme qui avait regardé au-delà de la carapace qu’il s’était forgé. Mais à cet instant, Pierre se sentait trahi. Leurs rapports se résumaient-ils donc à cela ? Le brun ne cherchait-il qu’un amant ? Préférait-il s’éloigner de lui plutôt que d’être son ami ?
« D’a-d’accord, » eut-il du mal à articuler.
Il ne pouvait qu’acquiescer. Il ne pouvait tout de même pas obliger Marc à continuer de le voir s’il n’en avait pas envie. Puis, aux vues des circonstances, Pierre pouvait comprendre que le brun ne voulût plus le revoir. De plus, ils ne se connaissaient pas depuis bien longtemps, et, de son point de vue, ils n’étaient que de simples amis. Alors pourquoi cela faisait-il aussi mal ? Pourquoi l’idée d’être à nouveau seul l’abattait-elle autant ? Pourquoi la pensée que ce fut Marc qui lui infligeait cette blessure était-elle aussi douloureuse ?
Pierre porta une main à sa poitrine douloureuse. Son ami fut surpris de sa réaction et s’approcha de lui. Marc l’obligeant à se retourner. Il scruta son visage fermé et douloureux. Il avait irrésistiblement envie de le toucher, de l’embrasser. Il ne pensait plus à Eden ou à la maladie de Pierre. Il avait juste envie de le prendre dans ses bras, de le consoler même s’il était responsable de sa peine. L’homme face à lui, lui apparaissait comme un enfant abandonné. Il semblait si fragile. Il était si beau.
Pierre détourna la tête refusant de faire face à cet homme qui ne souhaitait plus le voir. Il avait envie qu’il le prît dans ses bras. Il avait besoin de sentir la chaleur de son corps contre le sien. Il se sentait la nécessité d’être réconforté par son bourreau. Mais Marc semblait vouloir rester à bonne distance, et son chagrin ne faisait qu’accroître. Il se savait si ridicule. Son attitude était tellement puérile. Il resta un moment tentant de se reprendre. Puis, lorsqu’il se sentit prêt, il quitta l’appartement sans dire un mot sous le regard de Marc qui ne fit rien pour le retenir.

Une semaine passa sans que Pierre eût des nouvelles du jeune cadre. Peut-être par habitude ou peut-être dans l’espoir de le voir venir, il continua à aller au café où ils avaient l’habitude de se retrouver, tous les soirs, après le travail. Mais Marc ne se montra pas. Pierre se sentait de plus en plus seul. Il avait l’impression d’avoir été abandonné. Cette situation le faisait tellement souffrir qu’il ne dormait plus.
Aussi, il ne refusa pas l’invitation de Sophie à aller dîner chez elle. Il essaya d’oublier sa solitude dans les bras de la jeune femme met n’y parvint pas. Il n’eut même pas d’érection au moment de l’étreindre. Elle tenta de le rassurer, lui affirmant que ce n’était pas important, mais ses mots le blessèrent plus qu’autre chose. Il n’arrivait pas à se sortir Marc de la tête. Il la quitta donc, lui avouant qu’il préférait en rester là. Elle lui en voulut d’agir ainsi et ne lui adressa plus la parole. L’ambiance de travail s’en trouva assombrie. Pierre qui aimait tant son travail, n’avait plus envie d’y aller, d’autant plus que tous ses collègues avaient pris le parti de la jeune femme. Il se sentait exclu, isolé.
Quelques jours plus tard, son cœur manqua un battement lorsqu’il quittât son travail et qu’il vît Marc l’attendre. Il avait envie de se jeter dans ses bras, de le supplier de ne plus jamais le quitter. Au lieu de cela, il resta tétanisé sur place. Le jeune cadre s’approcha de lui.
« Tu as le temps d’aller boire un café ? » fit-il.
Pierre acquiesça. L’homme brun se détourna et se dirigea vers leur lieu de rendez-vous habituel. L’employé de banque le suivit en silence. Ils s’installèrent à une table et commandèrent leur boisson.
« Alors ? Qu’est-ce que tu deviens ? » demanda Marc.
« Je… Rien. »
Le trentenaire brun sourit. Pierre n’avait pas changé. Il était toujours aussi timide, toujours aussi peu sûr de lui. Il lui avait tellement manqué. Depuis le dimanche où le blond était parti de chez lui, Marc n’avait cessé de penser à lui. Il n’avait cependant pas trouvé de solution à son problème. Mais il lui manquait tellement. Il n’arrivait pas à l’oublier. Aussi, en conclut-il qu’il ne pouvait pas se passer de lui. Il l’aimait, et même si leur relation ne devait être qu’amicale, il ne pourrait faire disparaître Pierre de sa vie. C’était inconcevable. Il tairait ses sentiments, prendrait ses distances. Cependant, il resterait son ami.
« Écoute, Pierre. Je suis désolé d’avoir disparut comme ça, mais j’avais besoin de réfléchir. J’ai beaucoup pensé à toi et si tu veux qu’on continue à se voir en tant qu’amis, ça me ferait très plaisir. Qu’est-ce que tu en dis ? »
Le cœur du guichetier fit un bon de joie dans sa poitrine. Marc ne voulait pas couper tout lien avec lui. Il serait plus que ravie d’être son ami. C’était ce qu’il souhaitait lui aussi. Tout pourrait redevenir comme auparavant. Le bonheur qu’il ressentait à cet instant, illumina son visage. Il oubliait tout ce qu’il s’était passé. Il faisait fi de l’ambiance désagréable qui régnait à la banque. Plus rien n’avait d’importance. Il souriait.
« Bien sûr. Je-j’en serais très heureux. »
Marc répondit d’un sourire chaleureux. Ils discutèrent de leur vie respective. Pierre ne mentionna, cependant, pas l’incident avec Sophie ou les problèmes qu’il rencontrait au travail depuis lors. Ils plaisantèrent et rirent de bon cœur. Tout était parfait.
Durant les semaines qui suivirent, ils continuèrent à se retrouver au même café. Peu à peu, leurs rencontres se firent moins fréquentes. Toutefois, ils s’entendaient toujours aussi bien. Mais leurs rapports avaient changé. Marc considérait Pierre comme un ami à présent. Il l’invitait régulièrement à se joindre à lui lorsqu’il devait retrouver d’autres amis pour boire un verre. Cependant, la timidité du trentenaire blond l’empêchait de se sentir à l’aise lorsqu’il y avait d’autres personnes. Le temps passa, et Pierre sembla se laisser envahir par la chaleur de cette nouvelle amitié. Il commença à s’ouvrir aux personnes que Marc lui présenter. Il restait discret mais avait plus de facilité à discuter avec quelqu’un d’autre que son ami.
Cette nouvelle relation le changea un peu. Pierre prit la décision de s’expliquer avec Sophie et de lui faire des excuses pour son comportement malencontreux. Cette dernière finit par se radoucir et la situation à la banque s’améliora. Le guichetier se sentait enfin bien. Il était toujours aussi peu confiant en lui-même mais s’ouvrait plus aisément aux autres. Et tout cela était possible grâce à cette amitié qu’il entretenait avec Marc. Toutefois, quelque chose le chagrinait à ce sujet. Il était indéniable que leurs rapports avaient changé, et Pierre regrettait parfois leur ancienne relation. Ce qui lui manquait le plus était que son ami ne le toucher plus. Marc n’était plus aussi attentionné à son égard, il n’était plus aussi tactile. Et loin de satisfaire à Pierre, le changement de comportement du jeune cadre à son égard, le chagrinait. Il avait pris l’habitude des caresses du brun. Il les aimait ces caresses. Il sentait délaissé.
Pourtant, il n’avait pas l’impression d’avoir changé d’attitude face à son ami, et les effets que ce dernier provoquait chez lui étaient toujours les mêmes. Ses battements de cœur étaient toujours aussi violents lorsqu’il le voyait, ses mains étaient toujours aussi moites, sa peau toujours aussi brûlante. La chaleur du corps du brun lui manquait. Il avait envie d’être enlacé. Il sentait le besoin de se sentir aimé, désiré. Mais de quel droit ferait-il des reproches à son compagnon sur ce sujet ? Marc avait comblé tous ses désirs en acceptant d’être son ami. Il serait invraisemblable de lui en demander d’avantage tout en refusant d’être son amant.
Pierre se sentait donc obligé de devoir le partager avec ses autres camarades, même s’il aurait préféré le garder pour lui seul. Il avait le sentiment de le perdre peu à peu. Il s’éloignait de lui imperceptiblement. Et malgré son bonheur de l’avoir retrouvé, il n’arrivait toujours pas à se défaire de ses nuits blanches. Marc s’inquiétait devant son visage pâle et sa mine fatiguée. Son compagnon tentait de le rassurer sur son état de santé, lui affirmant qu’il n’était que fatigué. Face à l’insistance du brun, il lui avait menti en accusant son travail d’être la cause de son anxiété. Comment aurait-il pu faire autrement ? Il ne pouvait tout de même pas lui dire la vérité. Il ne pouvait pas lui avouer que sa chaleur et ses caresses lui manquaient tellement qu’il n’en dormait plus. Cet état de manque l’amena à faire quelque chose d’impensable.
Après une soirée entre amis organisée par Marc, Pierre s’installa sur le canapé auprès du brun. Il ne restait plus qu’une personne en plus des deux trentenaires. Ils s’étaient tout les trois rassemblaient autour de la table basse, et le guichetier qui, contrairement à son habitude, avait ingurgité beaucoup d’alcool, finit le verre qu’il avait dans les mains. Le liquide amer lui brûla la gorge. Sa vue était trouble. La tête lui tournait. Ses joues et ses oreilles étaient en feu. Se laissant envahir par ses sensations d’ivresse, il posa sa tête sur l’épaule de Marc en fermant les yeux et lui prit la main. Ce dernier se retourna vers lui, interloqué d’un tel geste et sourit devant la mine somnolente du blond.
« Je crois qu’il a un peu trop bu. Lui, qui ne boit jamais, » justifia Marc à son ami encore présent, tout aussi surpris que lui.
« Ouais. Il s’est lâché ce soir. Bon, sur ce, je vais te laisser. Tu vas faire quoi avec lui ?
Je vais le coucher dans ma chambre.
Dans ta chambre, hein ?
Oh, non. Pas de plaisanteries douteuses s’il te plaît. Il n’y a rien entre nous.
Ok, ok. T’as besoin d’aide pour le porter.
Non, ça ira. Merci. »
L’ami de Marc lui fit la bise pour lui dire au revoir et s’en alla. Dès qu’il entendit la porte se refermer, Pierre se colla d’avantage à au brun et enlaça ses doigts des siens. Il profita de la chaleur véhiculée depuis leur main jusqu’à l’ensemble de son être. Il sourit de contentement.
« Hé ! Tu es réveillé ? Je croyais que tu dormais.
Hum. »
Marc lâcha sa main et lui entoura les épaules de son bras pour l’aider à se lever. Le corps de Pierre était lourd de fatigue. Il se laissa faire malgré la douleur qu’il avait ressentie lorsque leurs mains s’étaient détachées.
« Allez. Viens. Tu vas te mettre au lit et tu vas dormir un peu. Ça va te faire du bien. »
Le brun entraîna son compagnon dans la chambre et l’aida à s’allonger sur le lit. Il lui ôta ses chaussures avant de poser les couvertures sur Pierre. Il lui ôta ses lunettes qu’il posa sur la table de nuit. Puis, il s’assit au bord du matelas et caressa le visage endormi du blond. Il était tellement beau. Le cœur de Marc battait toujours aussi fort à sa vue. Depuis qu’ils avaient décidé de devenir ami, le brun s’était efforcé de ne plus avoir de gestes qui pouvaient trahir l’amour qu’il lui portait. Mais le voir ainsi, sans défense, il ne pouvait s’empêcher de le toucher tendrement. Il ne pouvait contenir ses sentiments.
« Dors bien, » murmura-t-il en l’embrassant sur le front.
Marc se leva mais le blond le retient par le poignet.
« Reste avec moi. S’il te plaît, » supplia-t-il d’une voix pâteuse.
Le jeune cadre regarda Pierre qui cachait son visage dans un coussin, visiblement gêné par ce qu’il venait de dire. Marc ne savait pas quoi penser. Cependant, il ne pouvait lui refuser quoi que ce fût. Il s’allongea aux côtés de son compagnon qui lui tourna le dos. Il l’enlaça de ses bras. Il sentit la respiration difficile de Pierre contre sa poitrine, puis elle se calma peu à peu pour ne devenir qu’un doux murmure. Le brun cala sa tête contre la nuque de son ami. Il avait tellement envie de l’embrasser mais il ne voulait pas être coupable de profiter de la situation. Pierre avait sans doute besoin d’un peu de chaleur humaine. Il n’y avait aucun mal à cela. Il ne s’agit pas d’autre chose que cela. Calant sa respiration sur celle de son compagnon, Marc finit par s’endormir à son tour.


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mardi 6 octobre 2009

L'Autre (Fiction Yaoi) - Chapitre 05


Lors de la semaine qui s’en suivit, Pierre et Marc se rencontrèrent tous les soirs au café où ils s’étaient retrouvés la première fois. Cependant, il n’y avait rien dans leurs rapports qui pouvait sous-entendre qu’ils étaient plus que de simples amis. Du moins, c’était l’idée à laquelle Pierre se raccrochait désespérément. Il faisait fi de ses battements de cœur qui s’accéléraient lorsqu’il voyait le doux visage de cet homme. Il ne faisait pas attention à ses mains moites lorsqu’il l’effleurait. Il ne prenait pas garde à sa peau qui le brûlait aux moindres contacts. Il ne portait pas attention à son visage rougissant dès que leurs regards se croisaient. Tout cela n’était pas de circonstance et il se refusait toujours à penser que Marc pouvait avoir d’autres objectifs. Pourtant, les signes ne manquaient pas.
Dès le lendemain de leur premier rendez-vous, le jeune cadre était alors devenu plus entreprenant. Il frôlait accidentellement le genou de Pierre du sien. Il posait une main chaleureuse sur celle de son compagnon pour marquer son propos. Il lui lançait des regards brûlants que l’employé de banque ne savait interpréter. Il l’aidait à remettre son imperméable et en profitait pour frôler la peau de sa nuque, ce qui avait, à chaque fois, extirpé un frisson à Pierre. Mais ce dernier refusait toujours de se rendre à l’évidence. Pour lui, Marc n’était qu’un simple ami, un homme chaleureux qui avait besoin de contacts humains.
Trois semaines se passèrent sans que le jeune cadre n’osât aller plus loin. Au cours de leurs rencontres, il avait l’impression de gagner un peu de terrain. Il lui semblait que Pierre se détendait enfin et qu’il n’était plus complètement réfractaire à ses avances. Toutefois, il avait le sentiment que son nouvel ami ne se rendait pas compte que lui, avait envie d’autre chose. Pourtant, au bout de ce temps passé à faire connaissance, le trentenaire brun espérait pouvoir passer à l’étape supérieure. Il n’avait plus vu Eden depuis lors, et considérait que leur relation était terminée. Aussi, il ne se sentit pas coupable, ce vendredi soir là, lorsqu’il eut l’intention de demander à Pierre un rendez-vous plus intime.
« Tu as quelque chose de prévue pour ce week-end ? » le questionna-t-il en sortant du café.
« Non. »
Marc sourit. S’il y avait quelque chose qui n’avait pas changé durant leurs rencontres quotidiennes, c’était la timidité de Pierre. Le jeune cadre espérait, toutefois, que ce manque de confiance en lui ne le contraindrait pas à le repousser.
« Je sais qu’on n’a pas l’habitude de se voir le week-end mais tu ne voudrais pas venir à la maison samedi soir pour boire un verre, peut-être dîner ? » poursuivit Marc.
Ce dernier sentit une hésitation de la part de son interlocuteur mais celui-ci finit par excepter. Cela lui réchauffa le cœur et il ne put s’empêcher de sourire niaisement lorsqu’il donna son adresse à Pierre. Il profita de cet échange pour effleurer les doigts du trentenaire blond qui frissonna. Marc avait l’impression d’être redevenu un adolescent amoureux. Son cœur faisait des bons de joie dans sa poitrine. La température de son corps montait incontestablement. Ses yeux pétillaient de bonheur à la seule évocation du prénom de Pierre. Dès qu’il le voyait, un sourire niais illuminait son visage sans qu’il ne pût le cacher. Il avait pourtant passé l’âge de tomber amoureux au premier regard, mais c’était néanmoins ce qu’il s’était passé. Et il espérait vivement que cela déboucherait sur quelque chose de plus concret.
Alors, le samedi soir venu, Marc sortit le grand jeu. Il avait passé l’après-midi devant les fourneaux à concocter un succulent repas qui ferait succomber le plus réfractaire des critiques culinaires. Il avait acheté une bouteille du meilleur bordeaux et une bouteille de champagne pour le désert. Il avait dressé une table sobre mais élégante que des chandelles illuminaient. Puis, il avait échangé son éternel costume de jeune cadre dynamique pour une tenue plus décontractée : un pantalon de coton fin gris et un pull noir moulant qui mettait en valeur la courbe de ses muscles. Si avec tous ces efforts, Pierre ne comprenait toujours pas les allusions, Marc savait qu’il ne servirait à rien d’insister d’avantage. Il jouait là, sa dernière carte pour le faire succomber à son charme.
Pierre arriva vers dix-neuf heures trente, et Marx fut déçu de constater qu’il n’avait fait aucun effort vestimentaire, se contentant de porter son costume de tous les jours. Cependant, il ne fit rien paraître de sa contrariété et l’invita à boire l’apéritif. Sachant que l’employé de banque n’était pas un grand amateur d’alcool, il lui avait prévu un cocktail de jus de fruit et espérait tout de même qu’il se laisserait tenter, plus tard, par le vin.
Pierre ne sembla pas s’offusquer du dîner aux chandelles ni des attentions plus qu’explicites de son ami. Après l’apéritif, ils dînèrent à la lueur des bougies, tout en discutant de tout et de rien. L’ambiance était intimiste, presque amoureuse. Au grand soulagement de Marc, son compagnon ne refusa pas le bordeaux qu’il avait choisi pour lui. Le trentenaire brun profita de l’atmosphère adéquate pour poursuivre ses avances de moins en moins tacites. Pierre n’eut aucun mouvement de recul ni de rejet, ce qui rassura son compagnon.
À la fin du repas, ils allèrent s’asseoir sur le canapé, buvant le champagne, et Marc en profita pour passer un bras autour des épaules de son ami. Même si Pierre ne semblait pas le refuser, le jeune cadre savait qu’il devait agir avec précaution et ne pas l’effrayer. Il avait le sentiment que le trentenaire blond n’était pas encore prêt à s’avouer ses propres désirs. Toutefois, sans doute grâce à l’alcool, ce dernier se détendit et appuya sa tête sur le bras de Marc.
« Je suis bien là. Je crois que j’ai pas ressenti ça depuis Eden, » avoua Pierre. Mais il se reprit aussitôt en se redressant et posant son verre sur la table basse : « Je crois que j’ai trop bu.
Eden ? »
Marc avait senti comme un choc électrique à l’évocation de ce prénom. Il allait enfin connaître le rapport qu’il y avait entre l’homme qu’il désirait si ardemment et son ex-amant.
« Je-je devrais pas te parler de ça, » bégaya le trentenaire blond, visiblement gêné.
« Non, vas-y. Je t’écoute. »
Pierre lui lança un regard inquiet. Penser à Eden lui faisait du mal, mais peut-être qu’en parler lui ôterait ce poids qui pesait sur son cœur. Ne sachant trop que faire, il reprit sa place dans le creux du bras de Marc et commença à raconter leur histoire.
« J’ai rencontré Eden il y a deux ans à peu prés. Il venait d’avoir son bac et de rentrer à la fac. C’était une rencontre surréaliste. Je rentrai chez moi quand il m’a bousculé. Il était entrain de courir pour échapper à des poursuivants – il a toujours eu le don pour s’attirer des ennuis – et il m’a poussé avec une telle violence qu’il est tombé sur moi… »
Pierre avait un sourire triste figé sur son visage à l’évocation de ses souvenirs, et Marc, quant à lui, devait faire d’incommensurables efforts pour ne pas l’embrasser.
« Puis, ses poursuivants sont arrivés, et ils m’ont pris pour son petit-ami, je crois. Eden m’a dit de courir, et il m’a prit par la main m’entraînant à sa suite. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait mais je n’arrivais pas à me résoudre à lui lâcher la main. On atterrit chez lui. On commença à discuter et il m’apprit que ces mecs n’arrêtaient pas de le poursuivre depuis qu’il avait fait des avances à l’un des leurs. On est devenus amis par la suite. Malgré la différence d’âge, je me sentais bien avec lui. Malheureusement, il m’entraînait toujours dans des bars gays même si j’avais beau lui dire que je ne l’étais pas. Il était génial, toujours plein de vie. Mais il ne faisait jamais attention à ce qu’il faisait.
Vous êtes sortis ensemble ? » se risqua d’intervenir Marc.
« Non. C’était pas comme ça entre nous. C’était un ange. On était juste amis. Je n’aurai jamais pu faire quelque chose comme ça avec lui. Je ne voulais pas le salir. » Et se rendant compte de ce qu’il disait, Pierre s’empressa de se redresser et ajouta : « Je ne suis pas gay. Il l’était mais pas moi !
Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » demanda le jeune cadre afin de détourner la conversation de ce sujet délicat.
« Les mecs qui le poursuivaient ont fini par l’attraper. Ils l’ont battu à mort. Ils sont tous en prison maintenant.
Je suis désolé. »
Pierre haussa les épaules pour toute réponse et une larme coula le long de sa joue. Il détourna la tête. Marc lui prit le visage d’une main et l’obligea à le regarder. Il essuya la joue humide du blond en plantant son regard brûlant dans le sien. Il savait qu’il faisait sans doute une erreur mais il ne put se retenir, et il approcha son visage de celui de Pierre. Ce dernier le regardait pétrifié. Marc posa ses lèvres avec douceur contre celle de son compagnon. Il bougea doucement contre sa bouche sans oser aller plus loin. Pierre finit par le repousser.
« Arrête. Qu’est-ce que tu fais ?
J’avais envie de t’embrasser.
Je ne suis pas gay !... Je-je ferais mieux de rentrer.
Tu n’es pas en état de conduire. Tu peux rester ici si tu veux, je dormirai sur le canapé.
Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
Ne t’inquiète pas, je ne ferais rien contre ta volonté. Puis, j’ai compris, tu n’es pas gay, et ce n’est pas mon genre d’essayer de convertir les hétéros. Tu peux dormir tranquille. »
Pierre finit par accepter l’invitation et alla se coucher dans la chambre. Marc s’allongea sagement sur le canapé. Il avait le cœur brisé. Pierre ne voulait pas de lui et le lui avait bien fait comprendre. Le jeune cadre se demandait où il avait bien pu se tromper. C’était sans doute à cause de la ressemblance troublante avec son ex-amant qu’il lui avait fait présupposer que Pierre était gay. Après tout, aucun signe ne lui avait indiqué le contraire. Contrarié par cette soirée, il s’endormit avec difficulté.
Au beau milieu de la nuit, Marc fut réveillé par une main caressant son visage. Il ouvrit les yeux avec difficulté et regarda le visage penché au-dessus de lui.
« Pierre ? Ça va ? Qu’est-ce qu’il se passe ? »
Le blond lui sourit et le trentenaire se leva brusquement en reconnaissant son ex-amant.
« Eden ? Qu’est-ce que tu fais là ? Co-comment t’es entré ? »
Le jeune homme continuait de lui sourire, le regard amusé.
« Quelle surprise j’ai eu quand je me suis réveillé dans ton lit ! Alors je t’ai cherché et je te trouve sur le canapé. Tu me déçois, j’espérais que tu serais plus entreprenant.
Mais attend ! Qu’est-ce que tu racontes ? Où est Pierre ?
J’avais l’intention de rien te dire, mais je crois que j’ai pas le choix.
- Qu’est-ce que tu racontes ? Tu me fais peur, Eden ?
- Qu’est-ce que tu ressens pour Pierre ? »
À cette interrogation, Marc se leva furieux.
« J’ai pas l’intention de répondre à cette question. Je n’ai pas eu de nouvelles de toi depuis trois semaines, alors j’en ai conclu que c’était fini. Maintenant, rentres chez toi.
Oui, mais ça risque de faire bizarre à Pierre s’il se réveille chez lui alors qu’il s’est endormi chez toi.
Mais, enfin, je ne comprends rien de ce que tu racontes. Je ne vois pas ce que Pierre à avoir avec toi. »
Marc regarda son ex-amant négligemment et la réalité lui sauta aux yeux. Eden portait les vêtements de Pierre. Pourtant, il n’arrivait toujours pas à mettre les morceaux du puzzle en place.
« Tu as entendu parler de multiples personnalités ? »
Cette question alluma l’esprit du trentenaire qui venait de comprendre. Pierre était Eden, Eden était Pierre.
« Pourquoi ? Qui es-tu ?
Eden. Je suis Eden. J’ai rencontré Pierre, il y a deux ans…
Je connais l’histoire, » le coupa Marc qui venait de faire le lien. « Mais pourquoi toi ?
Pierre n’a jamais été doué en amour. Trop coincé à mon avis. Alors avant de mourir, je – enfin le vrai Eden – lui a fait promettre d’être heureux et de trouver l’amour. Pierre devait savoir qu’il ne pourrait jamais faire ça, c’est pour ça qu’il m’a créé. Il refuse toujours d’accepter qu’il est gay. Un truc avec son père je crois, mais bon je suis pas psy. Alors la nuit, quand il dormait, je me réveillais et je lui ai cherché un mec qui pourrait lui convenir et je t’ai trouvé. C’était pas difficile de savoir que tu étais le bon, je suis lui après tout. Mais comme Pierre ne savait rien de mon existence, ou de la tienne d’ailleurs, il a fallu que j’élabore un plan. Et ça n’a pas été facile. Mais par chance, tu l’as croisé et je me suis dit que c’était le destin. Puis, tu m’en parlais plus alors j’ai un peu forcé les choses en t’envoyant à sa banque. Et comme c’est trois dernières semaines, Pierre se couchait tard, je n’ai pas pu venir te voir. Donc, voilà, tu sais tout. Maintenant, tu peux me dire où t’en es avec Pierre ? »
Debout au milieu du salon, Marc avait du mal à encaisser tout ce qu’Eden venait de lui raconter. Il ne savait plus où il en était. Il ne savait plus ce qu’il ressentait pour Pierre ou pour Eden. Son esprit était totalement embrouillé.
« J’ai besoin d’un verre, » dit-il.
« T’as pas assez bu ce soir ? Je sais que Pierre ne s’est pas gêné lui. »
Sans faire attention au ton sarcastique que le jeune homme venait d’employer, Marc alluma la lumière du salon et se précipita sur le bar. Il se servit un verre de bourbon qu’il but cul sec avant de remplir à nouveau le verre et d’en prendre une autre gorgée. L’alcool lui brûla la gorge mais ne lui permit pas d’éclaircir ses idées.
« Écoute, » fit Eden, le tirant de ses pensées. « Je cherche pas à t’effrayer. Moi, je disparaîtrais quand Pierre sera heureux. C’est le deal. Maintenant, …
Vas-t’en ! » l’interrompit Marc.
« Attends.
Vas-t’en ! J’ai besoin de réfléchir à tout ça. Je ne peux pas te donner de réponse maintenant. Vas-t’en !
Je ne peux pas partir. Pierre ne comprendra pas. Tu dois me laisser dormir ici. Pierre ne doit pas être au courant pour moi, il ne le supporterait pas.
Alors retournes dans la chambre et laisse-moi.
D’accord. Mais qu’est-ce que tu vas dire à Pierre ?
Après ce qu’il s’est passé entre nous, je suis sûr qu’il ne voudra plus me voir de toute façon.
Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Je l’ai embrassé et il m’a repoussé. Il n’est pas gay.
Il l’est mais il refuse de se l’avouer. Je t’en pris, ne le laisse pas tomber.
Vas te coucher. Je ne veux plus en parler pour le moment. »
Sur ces mots, Eden disparut dans la chambre. Marc resta quelques minutes sans bouger, ne sachant que faire. Puis, il éteignit la lumière et s’assit sur le canapé. Il ne réussit pas à s’endormir malgré la quantité d’alcool qu’il avait absorbé.


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lundi 5 octobre 2009

L'Autre (Fiction Yaoi) - Chapitre 04


Pierre n’était pas gay. Non ! Il ne l’était pas. C’est ce qu’il se disait à chaque fois qu’il croisait le regard d’un bel homme qui lui souriait, à chaque fois que ses yeux s’attardaient un peu trop sur des courbes masculines, à chaque fois qu’il pensait à Eden. Non ! Pierre n’était pas gay. Il ne pouvait pas l’être, et ce, même si les sentiments qu’il avait pour le jeune homme s’apparentaient d’avantage à de l’amour qu’à de la franche camaraderie. Pierre n’était pas gay. Alors pourquoi avait-il suivit cet homme charmant qui lui avait fait le plus magnifique des sourires ? Pourquoi était-il assis en face de lui à le fixer dans un mutisme pesant ? Pourquoi ne pouvait-il s’empêcher de penser que cet homme était séduisant ? Il n’était pourtant pas gay. Alors pourquoi ses pensées devenaient-elles confuses quand il était face à ce magnifique brun d’une trentaine d’année ? Pourquoi ?
C’était peut-être parce qu’il avait un visage avenant, un sourire ravageur ou peut-être était-ce dû à son physique d’athlète. N’importe quel hétérosexuel digne de ce nom l’aurait remarqué et serait perturbé devant ce bel homme. Pierre n’avait pas de questions à se poser quant à son orientation sexuelle. Il n’était pas gay !
Cela faisait quelques minutes que le trentenaire brun et Pierre étaient entrés dans ce bar non loin du lieu de travail de ce dernier. Ils s’étaient installés à une table, l’un en face de l’autre. Un silence gêné s’en était suivit, moment durant lequel, Pierre se triturait les méninges pour comprendre ce qu’il faisait là. L’accalmie fut rompue par l’arrivée du serveur. Un beau jeune homme d’une vingtaine d’année sans doute. Pierre aurait dû se sentir dévaloriser face à la concurrence, mais à quoi bon puisqu’il n’était pas gay. Cependant, ce fut avec envie qu’il regarda discrètement le serveur.
« Un café, s’il vous plait, » commanda-t-il.
Il espérait que le nectar amer lui ferait passer la somnolence qui le gagnait toujours quand le soleil se couchait.
« Euh ! Je vais prendre la même chose. »
Le serveur les laissa après avoir prit en note leurs exigences. Il était temps qu’ils rompent ce silence qui pesait telle une ombre autour d’eux.
« Alors quelles étaient vos questions ? » demanda enfin Pierre.
« Et bien, d’après vous quelle serait la meilleure option parmi celles que vous m’avez présentées ? »
Pierre lui répondit en toute franchise. La discussion suivit son cours autour de ce sujet peu propice à faire plus ample connaissance. Pierre n’avait pas l’intention de dévier la conversation sur un autre sujet. Il n’y avait aucun intérêt à faire cela. Cependant, il mourrait d’envie d’en apprendre d’avantage sur cet inconnu, ce même inconnu qu’il se souvenait avoir croisé une semaine plutôt devant un petit restaurent où Sophie l’avait invité. Il savait qu’elle lui courait après mais bien qu’il ne fut pas gay, elle ne l’intéressait pas.
En revanche, l’homme qui lui faisait face l’intriguait. Cela n’avait rien à voir avec un quelconque désir. Il s’agissait seulement de curiosité qui incombait à chaque être humain. Cela n’avait rien à voir avec le fait que, bien malgré lui, cet homme l’attirait. Non ! Ce ne pouvait pas être ça puisqu’il n’était pas gay.
Mais, bientôt, la conversation ne permit plus de continuer sur le sujet des offres proposées par la banque. Pierre devrait quitter cet homme même s’il n’en avait pas réellement envie.
« Je n’ai pas vraiment envie de rentrer chez moi, » fit alors le trentenaire brun. « Resteriez-vous un peu en ma compagnie ? Personne ne m’attend chez moi, » mentit-il. « Oh ! Mais j’y pense, ce ne doit pas être votre cas. Votre petite-amie vous attend sûrement. »
Sa petite-amie ? Quelle petite-amie ? Pierre n’avait pas de petite amie. Mais la réponse lui vint à l’esprit. Sophie ! Sophie avec qui il était allé manger le jour de leur première rencontre.
« Je… Je n’ai pas de petite-amie. »
Pourquoi s’était-il sentit obligé d’en dire d’avantage ? Ce n’était pas son genre de se confier à des inconnus. Quel était cet étrange pouvoir qu’exerçait cet homme sur lui ? Ce dernier lui sourit encore et Pierre sentit son cœur fondre. Que lui arrivait-il au juste ?
« Ça vous dirait une bière ? »
Pierre acquiesça sans un mot. Il était en prise à une torpeur incompréhensible. Son corps faisait le contraire de ce que lui dictait sa tête. Il était divisé.
« Deux bières, s’il vous plait, » cria l’inconnu au barman derrière son comptoir.
« Vous… Vous ne m’avez pas encore dit votre nom. »
Qu’arrivait-il donc à sa bouche ? À qui donc appartenaient ses mots qui venaient de lui échapper ?
« Oh ! C’est vrai. Excusez-moi. »
L’inconnu fouilla dans son manteau et sortit une petite carte blanche de son portefeuille qu’il lui tendit. Pierre la prit et la regarda attentivement. Un nom en capitale argenté et une fonction y étaient inscrits : Marc Debussy. DRH d’Avalon Société.
« Un lien avec le compositeur ? » demanda Pierre.
« Non, » répondit l’homme, qui n’était plus un inconnu à présent, en lui souriant.
« Et bien, enchanté de vous connaître, Monsieur Debussy.
Oh ! Je vous en prie. Appelez-moi Marc. »
On vint poser leur bière sur la table. Dans un mouvement, le trentenaire brun frôla le genou – accidentellement ? – de son interlocuteur du sien. Pierre ne se brusqua pas. Leur jambe étaient à présent collées l’une à l’autre, mais le guichetier ne fit aucun mouvement de recul. Ce contact brûlait sa peau à travers le tissu de son pantalon. Cependant,  il n’arrivait pas à bouger. Marc le considérait par-dessus son verre dont il prit une gorgée. Pierre replaça ses lunettes sur son nez, gêné et brisa le contact visuel.
« Vous ne vous n’êtes pas non plus présenté, » observa le jeune cadre.
« Euh, non. Je m’appelle Pierre. Euh… Pierre Leroy. Vous m’excusez, je n’ai pas de carte de visite à vous présenter. »
Marc sourit encore, charmeur.
« Bien sûr. Et bien, Pierre Leroy, il y a une question que je me pose depuis que nous nous sommes vus en début d’après-midi… »
Pierre se crispa. Non ! Il n’était pas gay ! Mais pourquoi cette rengaine lui venait-elle toujours à l’esprit ? Qu’est-ce qui pouvait bien lui faire croire que l’homme en face lui cherchait à le séduire ? Ce n’était pas parce qu’il était quelque peu troublé par la prestance de cet homme, qu’il avait des raisons de se sentir désiré. Et puis, qui voudrait être désiré par un autre homme ?
« … vous n’avez pas honte de faire du charme à de pauvres vieilles dames ? » acheva Marc en souriant.
Pierre eut envie de rire mais il ne pu qu’esquisser un sourire timide comme à son habitude. Il replaça ses lunettes sur le sommet de l’arrête de son nez tel qu’il le faisait toujours lorsqu’il était gêné. Il ne s’en était jamais rendu compte jusqu’à qu’Eden lui en fasse la remarque. Eden ! À la pensée de ce dernier, son regard se voila de tristesse, ce qui n’échappa à Marc.
« Vous vous sentez bien ?
Oui. Euh… Je suis un peu fatigué. Je crois que je vais vous laisser.
Mais vous n’avez pas fini votre bière.
Je… je n’aime pas… vraiment ça, en fait, » bégaya-t-il en se levant.
« Je peux vous commander autre chose si vous voulez.
Non. Merci. Vraiment. Je me sens fatigué. Je vais rentrer. Combien… combien dois-je laisser ?
Laissez ça. Ce soir c’est moi qui offre. Vous payerez la prochaine fois. Demain ?... Même heure ?... Même endroit ?... »
Pierre fut surpris de cette nouvelle invitation mais il ne pu se résoudre à la refuser. Il quitta donc cette nouvelle rencontre et sortit du café. Le ciel s’était obscurci. Pierre n’avait pas vu le temps passer. Trop impliqué dans l’échange qui venait d’avoir eu lieu, il n’avait même pas eu cette somnolence qui l’accaparait toujours à cet instant de la journée. Tentant de se couvrir du mieux qu’il pût de son imperméable beige, le vent hivernal l’accaparant, Pierre prit la direction de son appartement.

Quand Marc rentra chez lui, Eden n’était pas là. Après tout, le jeune homme n’avait pas les moyens d’entrer dans l’appartement et il était tard. Il avait dû se lasser d’attendre son amant et était rentré chez lui. Le trentenaire s’en sentit soulagé. Il avait besoin de réfléchir, de faire une pause dans sa relation avec Eden. Il devait penser à Pierre. Qu’allait-il faire ? Après la discussion qu’ils avaient eu, à certains moments il avait sentit un rapprochement, mais s’en suivait obligatoirement de lui fuite du blond. Si à certains instants, il avait eu l’impression que l’attirance qu’il éprouvait pour cet homme était réciproque, à d’autres, le sentiment qu’il s’agissait d’une cause perdue engloutissait son âme.
Marc prit une bière dans son réfrigérateur et s’assit à la table de sa cuisine. Il décapsula la bouteille et but une gorgée. Il joua avec la capsule inutile alors que le visage de Pierre dansait dans son esprit. Il avait très envie de le revoir. Il n’expliquait pas cette attirance incontrôlable pour cet homme. Ce n’était pas uniquement physique. De cela, il en était sûr. En effet, son amant avait la même apparence et pourtant, il ne l’attirait pas comme Pierre l’attirait. Cet homme avait une aura, un quelque chose qui faisait que Marc avait envie d’être à ses côtés. Il avait le désir d’en apprendre d’avantage sur lui. Puis, la tentation de le toucher n’était pas bien loin non plus. Mais il n’arrivait pas à comprendre pourquoi. Pourquoi cet homme ?
Marc finit sa bière et jeta la bouteille. Puis, il quitta la cuisine et gagna la salle de bain. Il se déshabilla. Il fait couler l’eau de la douche et s’y engouffra. Le jet puissant martela sa peau fatiguée. Cela lui fit du bien. Il regrettait qu’Eden ne fût pas là. Il était vrai qu’il avait besoin de faire le point, mais plus il pensait à Pierre et plus son esprit s’embrouillait. Oublier ce labyrinthe émotionnel dans les bras d’un homme était ce dont il avait besoin en cet instant.
Fermant les yeux, Marc essaya de se rappeler du corps de son jeune amant : sa peau fine et blanche, sa courbe de rein arquée, son postérieur musclé, son buste ciselé, ses bras menus, ses grandes mains fines, le galbe de ses épaules, de sa nuque, de son cou… Ses images mentales l’excitèrent. D’une main ferme, le trentenaire prit son membre érigé et commença à le branler. Il laissa les souvenirs suaves d’Eden valser dans son esprit. Profitant du bien-être que lui prodiguaient l’eau chaude frappant sa peau et ses propres caresses sur son sexe suintant, il ne se rendit pas compte que Pierre avait remplacé Eden. Ce ne fut que lorsqu’il jouie que le visage de cet homme lui apparut clairement. Il se sentit coupable.
Marc avait l’impression d’avoir outre passé son droit en fantasmant sur l’employé de banque. Comment allait-il pouvoir le regarder en face lorsqu’il le reverrait le lendemain ? Puis, ne venait-il pas de tromper son amant ? Certes, il ne s’agissait que d’un fantasme, mais cela le rendait mal à l’aise. Il ne pouvait réprimer un sentiment de honte vis-à-vis de ce qu’il venait de faire. Il n’y avait pas réellement de quoi et pourtant, il s’en voulait.

Lorsqu’Eden se réveilla, il regarda le réveil par réflexe qui lui indiqua que la nuit était bien avancée. Il en fut surpris. Pierre n’avait pas l’habitude de se coucher si tard. Le jeune homme en conclut qu’il s’était passé quelque chose et il eut soudain peur. Et si Pierre s’était obstiné et avait rencontré une jeune femme insipide qui lui ferait momentanément oublier ce qu’il était. Eden voulait le voir heureux, mais non pas le savoir entrain de se mentir et de vivre un semblant de bonheur : ce n’était pas le but.
Suspicieux, le jeune homme examina les vêtements de son bien-aimé. Ils ne portaient aucune marque d’un quelconque maquillage ou aucune trace d’un quelconque parfum qui laisserait supposer une présence féminine dans la vie de Pierre. Toutefois, Eden n’était pas satisfait. Il se rendit compte que son cher et tendre avait bu du café. Peut-être était-ce la cause de ce retard ? Cependant, cette idée ne lui convenait pas. Il avait besoin de plus de certitudes.
Eden se leva et rejoignit le salon. Il trouva la sacoche de Pierre et s’attela à en percer les secrets. Néanmoins, il ne trouva rien de très concluant. Déçu, il passa un regard distrait sur la pièce. Il ne savait pas vraiment ce qu’il cherchait. Or, son attention se porta sur cet immonde imperméable beige que Pierre se refusait à jeter. Eden devenait fou. Il avait l’impression d’être une épouse qui cherchait hystériquement les preuves de l’infidélité de son mari. Il haussa les épaules. Après tout, cette impression ne changeait rien au fait qu’il avait besoin de savoir ce qu’il en était.
Il prit donc l’imperméable et en fouilla les poches. Il trouva une carte de visite. Il sourit lorsqu’il y lût le nom : Marc Debussy. Alors tout avait fonctionné selon son plan. Si Marc avait donné sa carte de visite à Pierre, c’est qu’il espérait que ce dernier le contact. Et si Pierre avait accepté cette carte, c’était que leur rencontre s’était bien déroulée. Son amant avait donc joué le rôle qu’Eden lui avait attribué. C’était parfait.
Pourtant, le cœur du jeune homme lui faisait mal. Il savait que bientôt, il devrait quitter Pierre, et cela le peinait. Mais c’était bien là le pacte tacite qui avait été conclu : il pouvait vivre quelques jours de plus et permettre à Pierre d’être heureux avant de disparaître. Il lui avait promis. Eden ne pouvait faire autrement. Il savait qu’il ne pourrait rester avec aimé éternellement, pas comme cela.
Une larme coula le long de sa joue. Il ne s’était pas rendu compte qu’il pleurait, mais lorsqu’il le fit, il essuya sa joue rageusement. Ce n’était pas le moment pour s’apitoyer sur son sort. Il avait besoin de renseignements supplémentaires, et il fallait qu’il allât voir Marc. Cependant, il était trop tard pour visiter le trentenaire. Il devrait attendre le lendemain. Résolu, Eden alla se recoucher mais ne trouva pas le sommeil. Son esprit était tiraillé entre l’idée de devoir quitter Pierre et son plan pour le rendre heureux. Ce ne fut que lorsque les premières lueurs du jour percèrent à travers la fenêtre de la chambre qu’il s’assoupit.


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jeudi 3 septembre 2009

L'Autre (Fiction Yaoi) - Chapitre 03


Eden passa toute la semaine qui suivit à tenter de trouver un plan pour mettre Marc sur la route de Pierre, encore une fois. Le destin ne semblait plus vouloir l’aider sur ce coup là. En effet, depuis sa rencontre avec Pierre, plus les jours passaient et plus l’humeur de Marc semblait décliner. Le jeune homme n’aurait su l’expliquer. Tous les soirs, alors qu’ils étaient à table, il questionnait le trentenaire sur sa journée. Bien sûr, tout ce qui l’intéressait était de savoir s’il avait revu Pierre. Mais à aucun moment, le prénom de son bien-aimé de fut à nouveau prononcé. De plus, Marc ne semblait pas apprécier ce soudain intérêt pour sa vie privée. Jusqu’à présent, leurs échanges s’étaient confinés à des ébats amoureux et l’amant d’Eden paraissait ne pas souhaiter changer cet état de fait.
Toutefois, si le trentenaire était de plus en plus morose lors de leur discussion, aux moments de leurs étreintes, il était de plus en plus passionné et inventif. À ces instants, Marc pouvait se révéler un amant d’une infinie tendresse, tendresse, qui jusque là, n’avait jamais été concédée au jeune homme. Ce dernier ne pouvait s’empêcher de penser que tout l’amour dont son amant faisait preuve ne lui était pas destiné. Si dans un sens, il était heureux de voir que Pierre devait être l’objet des fantasmes de son partenaire, Eden en avait tout de même un petit pincement au cœur. Cependant, il se disait que son malaise venait sûrement du fait que son plan n’avait pas encore atteint son objectif et non pas du fait que les caresses de son galant n’étaient plus pour lui.
Le jeune homme trouvait tout de même étrange que Marc puisse éprouver de tels sentiments pour un homme qu’il n’avait dû voir que quelques minutes en tout et pour tout. D’autant plus qu’Eden et Pierre avaient la même physionomie. Alors, le jeune blond ne pouvait qu’espérer que le soudain mal être qui avait gagné son compagnon était bien dû à l’absence de Pierre dans sa vie. De toute façon, il fallait qu’il trouve un moyen de les faire se rencontrer à nouveau.
Eden avait eu diverses idées, toutes plus stupides et irréalisables les unes que les autres. Il s’était demandé ce qui pouvait bien les réunir, et le sentiment que se fusse lui, lui était apparut comme une évidence. Il aurait pu laisser un message sur le répondeur de Pierre en se faisant passer pour Marc. Il aurait alors affirmé être son ami et formulé le souhait de lui parler du jeune homme, fixant un rendez-vous pendant la journée dans un café quelconque. Puis il aurait donné rendez-vous à Marc dans ce même café à la même heure. Étant donné que les deux hommes s’étaient déjà rencontrés, ils auraient aisément lié conversation. Cependant, Eden ne se montrant pas, la supercherie aurait été vite démasquée et le jeune homme savait que Pierre aurait fini par fuir s’il s’était réellement présenté au rendez-vous, ce qui n’était même pas sûr. Non ! Il fallait qu’il trouve autre chose. Quelque chose qui ne permettrait pas à son bien-aimé de se soustraire à la situation.
Peut-être que la seule solution tenait à ce que les deux hommes se rencontrent dans le cadre de leur travail. Mais comment faire rencontrer un jeune cadre d’une société en expansion et un guichetier de banque ? Eden savait qu’il lui était impossible d’interférer dans les affaires professionnelles de son compagnon. Il ne pouvait décemment pas lui demander que sa société change de conseiller financier, pour une entreprise bien précise. D’autant plus qu’il ne connaissait même pas la banque avec laquelle la start-up de son amant était en partenariat. Il devait donc lui demander un service personnel qui amènerait Marc à se présenter au guichet de la dite banque. Mais lequel ? Eden n’avait pas de compte à son nom dans cet établissement et il n’avait pas la possibilité d’en créer un. Et une idée lumineuse vint éclairer son esprit. Justement créer un compte !
Satisfait de la stratégie qu’il avait mise au point, Eden se rendit, comme chaque soir, à l’appartement du trentenaire qui l’accueillit froidement. Faisant fi de ce changement de comportement à son égard, il s’installa à table pour déguster le repas qui y était servit. Il fallait qu’il se dépêche de mettre à exécution son plan. Il sentait que sa relation avec Marc touchait à sa fin et qu’il ne lui restait plus beaucoup de temps.
Ils dinèrent en discutant de tout et de rien et Eden n’interrogea pas son amant sur le déroulement de sa journée. Il était conscient que cette question l’agaçait et il devait mettre un peu de distance entre eux, s’il ne voulait pas que Marc mette fin à leur histoire sur le champ. Il écouta donc son partenaire d’une oreille peu attentive comme il l’avait toujours fait. Ce dernier sembla s’en rendre compte et voyant leurs rapports revenir à ce qu’ils étaient, il se radoucit.
Une fois leur repas fini, ils débarrassèrent la table. Eden pensa que c’était le bon moment pour demander le service qu’il avait en tête. Alors qu’il ôtait son tee-shirt en se dirigeant vers la chambre pour gagner du temps, son amant sur les talons, il se décida :
« Au fait, j’ai un petit service à te demander. Je peux ? »
Le jeune homme pria pour qu’on lui réponde à l’affirmative.
« Dis toujours.
Je voudrais créer un compte à la Banque xxx. J’ai vu qu’ils proposaient de bons tarifs pour les jeunes. Mais je ne pourrais pas y aller demain. Tu pourrais aller chercher les formulaires d’inscription pour moi ? »
Marc le regarda soupçonneux. Il ne s’avérait pas très enthousiaste quant à l’idée de lui rendre ce service.
« Et tu ne peux pas y aller un autre jour ? »
Il n’avait pas pensé à cela. Non, il ne pouvait pas s’y rendre de lui-même mais il ne pouvait pas en donner la raison. Son esprit réfléchissait à toute vitesse et il trouva une solution. Il avait dix-neuf ans. Et que font les jeunes de dix-neuf ans ?
« J’ai cours toute la semaine et la banque est fermée le samedi.
En gros, ce qui veut dire que quand tu auras remplit les papiers, il faudra que j’y retourne.
Pas forcément. Il faudra que j’y aille, non ? Ils devront me faire signer d’autres papiers je pense. Non ? »
Marc y réfléchit. C’était vrai.
« Bon. Ok. J’irais. C’est quoi déjà la banque ?
La banque xxx. Il y en a une, juste en face de ton boulot, je crois.
Ça marche. »
Durant cette courte conversation, les deux amants s’étaient déshabillés puis glissaient sous les draps, opérant ce qui était devenu leur routine. La passion n’était plus là et le temps manquait à Eden. Pourtant, il avait encore tellement de choses à faire pour réunir les deux hommes qui lui tenaient à cœur.
Ils firent l’amour et Marc s’endormit. Vraiment, leur couple était à la dérive. Il ne restait plus rien à part l’habitude. Le jeune homme quitta les lieux et regagna l’appartement de Pierre en espérant que le lendemain serait un jour meilleur.

Le lendemain, le mystérieux Pierre – qui ne l’était pas vraiment – ne se montra toujours pas au restaurant familial. Marc en fut déçu, encore une fois. Cela faisait une semaine qu’il l’avait rencontré et il n’arrivait pas à se le sortir de la tête. En revanche, Eden continuait d’apparaître tous les soirs. Et étrangement, il semblait commencer à s’intéresser à la vie du trentenaire, lui demandant chaque soir comment c’était passé sa journée. La tournure que prenaient les choses ne lui plaisait guère. Marc avait l’impression que son amant s’attachait à lui et cette perspective ne lui convenait pas vraiment. Il voulait être libre. Il souhaitait pouvoir laisser libre cours à ses pulsions. S’enchaîner à un jeune homme de dix-neuf ans n’était pas dans ses projets. Il faudrait qu’il mette fin à cette situation d’autant plus s’il arrivait à revoir Pierre, qu’il sentait plus approchant de ses envies que ne l’était Eden.
Mais Pierre refusait de pointer le bout de son nez. Les jours passaient et se ressemblaient. Ne pas voir son énigmatique Pierre énervait Marc. Il s’ennuyait. Les échanges avec Eden n’avaient plus le même goût. Ils s’étaient installés dans une routine peu agréable. Le désir n’était plus là. Même si son amant avait un corps compatible au sien, une fois sortit du lit, leur caractère ne s’accordait pas. Eden était trop jeune. Et cet écart d’âge devenait de plus en plus pesant sur leur relation de couple. Marc n’avait jamais espérer grand-chose de leurs échanges, cependant, l’échec était difficile à supporter.
Une fois qu’il eut terminé son déjeuner, le jeune cadre se souvint qu’il avait promis à son compagnon d’aller retirer des papiers à la banque. Il lui fallut quelques minutes pour se souvenir du nom de l’entreprise mentionnée par Eden. Une fois que ce fut fait, il s’y rendit. Effectivement, comme son galant l’avait dit la vieille, une des succursales de la société se trouvait non loin de son entreprise. Marc entra dans la banque. Il se plaça derrière les quelques clients qui attendaient. Étant donné que c’était l’heure du déjeuner, un seul guichet était ouvert. Il regarda sa montre d’un air excédé, regrettant d’avoir accepté de rendre ce service à Eden. Mais il était trop tard pour faire demi-tour maintenant.
Une première personne quitta la banque et il ne resta plus qu’un client devant lui. Il s’agissait d’une vieille dame qui se plaignait d’irrégularités sur son compte. Le guichetier lui apporta une explication claire et précise, qui ne portait pas à discussion mais la cliente ne semblait pas satisfaite. Marc commençait à s’impatienter. Son travail l’attendait. Il n’avait pas le luxe de passer sa journée dans cette banque. Un homme entra par la porte du personnel et se plaça derrière le jeune guichetier en panique devant l’intransigeance de la vieille dame.
« Vas-y. Je te remplace.
Merci, » fit le guichetier en soupirant de soulagement.
Il se leva et céda sa place au nouvel arrivant. Marc avait vu la scène du coin de l’œil mais n’y avait pas réellement prêté attention. Il fulminait intérieurement contre la cliente et surtout, contre Eden qui lui prenait de son temps.
« Madame Berger. Je vous ai déjà expliqué ce qu’il en était le mois dernier et le mois d’avant aussi. Chaque mois, nous vous prélevons le prix de vos échanges bancaires et il y en a beaucoup. Nous vous rendons un service de qualité et en échange, on vous demande une rétribution. Il faut bien que la banque puisse payer ses employés, non ?
Alors, en fait, c’est ce que je paye pour que vous me gardiez mes sous ?
Voilà.
Ha ! D’accord alors. Merci jeune homme.
Je vous en pris, Madame Berger. Et on se voit le mois prochain.
Oui, jeune homme. »
La vieille femme semblant rassurée, s’éloigna du guichet et Marc la suivit du regard. Il s’approcha du comptoir sans la quitter des yeux, intrigué.
« Pourquoi le mois prochain ? Si elle a compris, elle ne devrait pas revenir, » s’enquit le trentenaire, les yeux fixaient sur le dos de la vieille dame qui semblait peiner à ouvrir la porte de sortie, coincée dans le sas de sécurité.
« Oui. Elle devrait mais il ne faut pas rêver. »
La voix qui lui répondit lui donna des frissons. C’était une voix chaude et sensuelle. Il ne l’avait pas remarqué jusqu’à présent, mais là, il ne pouvait nier que cette voix l’exaltait.
« Vous ne croyez pas que c’est parce qu’elle a le béguin pour vous qu’elle revient chaque mois ? » plaisanta-t-il en se retournant enfin vers son interlocuteur.
Marc eut le souffle coupé. Il ne s’attendait pas à cela. Là, devant lui, se trouvait l’homme qui occupait toutes ses pensées depuis une semaine. Cet homme avec ses cheveux blonds plaqués en arrière par une trop grande quantité de gel, avec ses lunettes qui ne cessaient de glisser sur son nez et qu’il replaçait sans arrêt avec le bout du doigt, avec ses magnifiques yeux noisette aux reflets verts, cet homme là se trouvait à présent face à lui et lui souriait timidement à travers la vitre de plexiglas.
« Je suppose que vous veniez pour quelque chose de précis ? »
Marc se rendit compte qu’il était resté bouche bée et les yeux écarquillés pendant un trop long moment. Il se ressaisit mais rougit quelque peu de honte.
« Euh ? Oui. Je souhaiterais avoir des renseignements sur les comptes que vous proposez aux étudiants. »
L’homme en face lui leva les sourcils d’étonnement.
« Ce n’est pas pour moi, » ajouta-t-il en souriant. « Euh ! C’est pour mon petit frère. »
Le trentenaire se mordit les lèvres. Il regrettait d’avoir mentit mais il ne pouvait tout de même pas dire à l’homme qui lui plaisait qu’il avait un amant. Il ne voulait pas détruire ses chances avant même avoir eu le temps d’apprendre à la connaître.
« Oh ! Dans ce cas, voilà les offres proposées aux étudiants. »
Pierre fit glisser plusieurs documents dans l’interstice prévu à cet effet. Le trentenaire les prit mais ne détacha pas son regard du visage de l’homme qui s’ingéniait à lui présenter toutes les possibilités que pouvaient avoir « son frère ».
Une fois l’explication achevée, Marc réfléchit à un moyen de maintenir la conversation. Ses yeux dévièrent alors sur la pendule derrière le guichetier. Il était quatorze heures et trente passés. Il n’avait plus le temps. Il était déjà en retard. Il remercia Pierre et quitta les lieux, la paperasse pour Eden sous le bras. Il regrettait de ne pas avoir plus de temps devant lui. Mais à présent, il savait où trouver l’homme de ses fantasmes et pour cela, il devait remercier le jeune homme et son emploi du temps surchargé.
Lorsqu’il arriva à son bureau, sa secrétaire le toisa du regard. Mais, Marc lui fit un sourire charmeur, laissant sa joie éclater et son employée en fut surprise. Elle ne dit rien et le laissa en paix toute l’après-midi.
En fin de journée, le jeune cadre quitta son travail en avance. Il alla directement à la banque qu’il avait quittée quelques heures plus tôt. Elle était censée fermer à cinq heures moins le quart mais il était dix-sept heures et le guichet était toujours ouvert pour le dernier client. Il s’adossa au mur d’enceinte et attendit que les employés sortent. Il dut patienter presque une demi-heure avant que Pierre ne quitta l’établissement. Marc le laissa dire au revoir à ses collègues et s’approcha de lui. L’homme aux cheveux blond le remarqua enfin.
« Oh ! » s’exclama-t-il surpris. « La banque est fermée. Vous souhaitiez d’autres renseignements ? »
Marc ne s’était pas attendu à cette question et il lui fallut quelques secondes pour analyser la situation. Quelle était donc la meilleure approche ? Dire oui et lui demander plus d’explications ou avouer qu’il n’était pas là pour cela et risquer de le faire fuir.
« Oui. Malheureusement, je n’aurais pas le temps de repasser demain. Accepteriez-vous de m’en dire plus autour d’un verre ? Je sais que vous avez fini votre journée mais mon frère est assez pressé d’en finir avec cette histoire. »
Le trentenaire s’en voulait d’avoir mentit, d’autant plus que l’homme en face lui semblait sonder son âme. Il lui fit son plus beau sourire et Pierre eut un léger mouvement de recul. Marc commença à paniquer. Si un simple sourire pouvait l’effrayer, il devrait faire extrêmement attention. Alors qu’il réfléchissait à un moyen de retourner la situation en sa faveur, il fut surpris d’entendre la réponse de l’employé de banque.
« Je vous suis. »


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