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jeudi 25 mars 2010

Hey, babe ! (Fiction Yaoi) - Chapitre 05


Mot de l’auteur : Voilà enfin le dernier chapitre de cette histoire très mélancolique. Je m’excuse de vous avoir fait autant attendre. J’espère que vous ne serez pas déçus et j’attends vos commentaires avec impatience.

« Je vais aller prendre une douche moi aussi, » dit-il en se relevant.
Ces paroles me ramènent au présent. Je le regarde s’éloigner et disparaître dans la salle de bain. Un frisson me parcourt alors le corps. Le froid s’empare de moi. Un vide immense m’envahit. Je le sais qu’à quelques mètres, pourtant, lorsqu’il s’est levé, c’était comme si on m’arracher un morceau de mon être. J’ai tellement envie de croire en lui, en ces mots qu’il ne cesse de me répéter. J’ai envie qu’il me prenne dans ses bras, me protège de mes erreurs passées, me console de ce chagrin immense qui m’emprisonne. Pourtant, je sais pertinemment que s’il venait à m’enlacer, j’aurai l’impression d’étouffer, de suffoquer. Quels sont donc ses sentiments versatiles qui m’accaparent ce soir ? Il me touche, et j’ai envie qu’il s’en aille, il s’éloigne, et le besoin qu’il m’étreigne se fait sentir. Je ne me supporte plus. Comment le fait-il, lui ? M’aime-t-il vraiment comme il le prétend ? Serais-je un jour capable de lui rendre cet égard ?
Le temps s’écoule, et le froid est toujours là, s’insinuant en moi comme un mal qui me ronge, jusqu’à ce que cela en devienne douloureux. Je ne tolère plus cette froideur qui m’absorbe. Je me lève et vais le rejoindre. Il ne m’entend pas entrer dans la salle d’eau. Je me débarrasse de la serviette qui m’habille, la laissant tomber sur le sol. Je me glisse sous la douche et l’enlace par derrière comme il l’avait fait avec moi un moment plus tôt. Il ne sursaute pas, mais je peux deviner qu’il sourit. Son corps est encore recouvert de savon, rendant sa peau douce et glissante. Je caresse son torse puissant et embrasse sa nuque.
« Maintenant, c’est toi qui vient m’empêcher de prendre ma douche tranquille, » dit-il, taquin.
« Enlace-moi ! Fais-moi oublier ! Aime-moi ! » le supplie-je mentalement. Mais les mots refusent de quitter ma bouche. Tout ce que je peux dire c’est : « J’ai envie de toi, » faisant fi de sa remarque.
Il se tourne vers moi. Il prend mon visage en coupe entre ses mains et plante son regard dans le mien. Je ne quitte pas ses prunelles des miennes. Je n’arrive toujours pas à atteindre ses pensées. Je n’ai jamais su. Il sourit et vient m’embrasser gentiment. Il a toujours cette tendresse pour moi, comme la première fois, une tendresse que personne avant lui n’avait eu pour une personne telle que moi, cette tendresse qui me fait penser que peut-être, l’amour existe encore, même pour quelqu’un comme moi.
Il quitte mes lèvres, et nous nous observons encore. Je crois pouvoir deviner comme une hésitation émanant de son regard. Il veut me dire quelque chose, ou peut-être commence-t-il à avoir des doutes sur nous. Cette idée me transperce les entrailles telles une lame froide. S’il venait à me quitter, je crois que je ne pourrai le supporter. Il est la dernière chose qui me permet encore de me raccrocher à la vie. Je ne suis pas suicidaire et, pourtant, j’ai le sentiment que mon âme quitterait instantanément mon corps s’il n’était plus auprès de moi.
La peur m’envahit. Les larmes viennent envahir mes paupières. J’appui ma tête contre son torse puissant. Je l’enlace de mes bras frêles. Non, je ne supporterai pas qu’il me quitte. J’ai eu beau me protéger, tenter de ne pas m’attacher à lui, je n’ai pas réussi. Il est devenu ma lumière, mon salut. J’ai besoin de lui. Je ne peux plus vivre sans lui à présent.
« Fais-moi l’amour, » dis-je pour ne pas dire ces autres mots que je n’ai jamais su prononcer.
Il ne sourit pas. Je ne vois pas son visage, mais je sais qu’il ne sourit pas. Il se passe quelque chose. J’ignore de quoi il s’agit, mais la peur est de plus en plus violente.
« Je t’en pris ne me quitte pas, » ai-je envie de le supplier encore.
Nous restons ainsi enlacés un moment. Le silence nous entourant n’est percé que par le bruit de l’eau tombant sur nos corps nus. Pourquoi ne bouge-t-il pas ? Pourquoi ne me transmet-il pas sa chaleur ? Puis, il brise enfin ce silence qui me paraît une éternité.
« Non, toi, fais-moi l’amour. »
Mes yeux s’écarquillent de surprise. Ai-je bien entendu ? Je m’écarte de lui et plante mon regard dans le sien. Je crois que c’est la première fois que j’arrive à le lire. Il se mord la lèvre inférieure et me regarde de toute sa dignité d’homme. Il est plus grand que moi, plus fort. Et je peux lire dans ses yeux suppliants : « Enlace-moi ! Fais-moi oublier ! Aime-moi ! » Je panique. En suis-je capable ?
« Tu-tu es sérieux ? » bégaie-je.
Il hoche la tête pour me répondre.
« Mais, c’est… c’est toujours toi qui… »
Je suis incapable de finir ma phrase. Aucun homme ne m’avait laissé le prendre auparavant. Et j’ai l’intime conviction, qu’aucun homme ne l’avait pris non plus. Il venait de nous proposer une première fois. Je n’aurais jamais cru avoir encore une première fois, une première fois à donner à quelqu’un. Ce serait notre première fois. Cette idée me réchauffe le cœur.
Mais, elle me terrifie également. Pourrai-je en assumer le rôle ? Suis-je la bonne personne pour une première expérience ? Pourtant, je ne peux pas le lui refuser. Nous nous observons encore un instant, silencieux. Je crois qu’il essaye d’évaluer ma détermination, et peut-être essaye-je de faire de même. Mais nos regards se changent vite en passion et tendresse. Je l’embrasse. Je tente de lui transmettre toute la douceur dont il a pu faire preuve à mon égard. J’ai envie de lui. Peu importe que je le prenne ou que ce soit lui, j’ai envie de lui, de sentir sa chaleur contre mon corps.
Alors, lentement, je l’oblige à se retourner en faisant pivoter ses hanches. Je l’embrasse dans le cou puis laisse glisser mes lèvres sur son omoplate. Ma bouche et ma langue le caresse, descendant dans le creux de ses reins. Je m’accroupis derrière lui. J’embrasse ses fesses musclées. Elles me paraissent si savoureuses que j’ai envie de les mordre. Je ne le fais pas. Je veux qu’il ressente cette tendresse dont il a si souvent fait preuve, cette tendresse qui ressemble tellement à de l’amour.
J’insinue donc ma langue entre la raie de son postérieur, cherchant son intimité. Je la trouve. Je la caresse de l’index. Lui, il ne dit rien, ne pousse pas même un gémissement. Cependant, j’entends sa respiration se faire difficile. Je n’ai aucun mal à imaginer que son cœur bat la chamade alors que je cajole à présent son anus de ma langue. Je l’humecte. Puis, je le pénètre enfin de ma langue et il pousse un premier gémissement. J’ignore s’il s’agit de plaisir ou de géhenne. Je m’inquiète.
« Ça va ? »
Je le regarde. Il a le visage et le haut de son corps collés contre la paroi de la douche. Il se mort encore la lèvre inférieure et me répond d’un signe de tête par l’affirmative. Mais c’est le mouvement de son corps qui me donne une meilleure réponse. Il se cambre un peu plus comme pour me dire « vas-y, continue et surtout ne t’arrête pas ». Je semble lui donner plus de plaisir par cette simple caresse que je n’en ai jamais eu tandis qu’on me l’a prodigué.
Je continue alors de caresser son intimité de ma langue. L’eau glisse sur sa peau, jusqu’à ma bouche, si bien que l’endroit que je caresse se fait de plus en plus humide. Je ne sais pas s’il s’agit de l’eau, de ma salive ou de sa propre transpiration qui s’écoule sur cette partie si précieuse de son anatomie. Mais peu importe. Je le pénètre encore et un nouveau gémissement vient percuter les parois de la douche. Je continue. Rien n’est plus jouissif pour moi que ses bruits qui s’échappent de ses lèvres et qu’il tente désespérément de contenir. Je suis tellement excité que j’aurai envie de le prendre sans attendre. Cependant, je sais qu’il n’est pas prêt et que ses râles se termineraient vite en cris de douleur si je le faisais. Je m’abstiens donc et poursuis mes caresses lascives.
J’attrape une bouteille de gel lubrifiant restée dans la douche. Il aime me prendre en ce lieu humide. Je ne devrais plus avoir besoin de ce genre de produit, mais il continue d’en acheter parce qu’il fait toujours attention à ce que jamais, je ne ressente de douleur lorsqu’il me fait l’amour. Cette fois-ci, c’est mon tour. Je sais que de toute façon il aura mal, mais je ne peux que le préparer au mieux à ma venue. Je fais donc couler le gel entre ses fesses. Il frissonne au contact du liquide froid. Je ne peux m’empêcher de sourire. Je caresse son anus de mon doigt.
Sans cesser ma cajolerie, je me relève lentement en embrassant la chute de ses reins, puis son dos jusqu’à son cou. Il tourne la tête vers moi et m’attends. Je l’embrasse. Il passe une main derrière ma tête, cherchant à approfondir notre baiser. Il gémit entre mes lèvres lorsque je le pénètre de mon doigt. Je le sens se resserrer autour de moi. Il est étroit, bien plus que ce que j’aurai pu penser. Je quitte ses lèvres et embrasse sa mâchoire et son cou de petits et doux baisers tandis que je fais des va-et-vient en lui. Je joue sur les parois de son rectum, tentant de l’élargir au mieux. J’envie de chatouille sa prostate est plus forte que moi. Je m’exécute et il pousse un râle de surprise et de plaisir. Je peux deviner que cette simple caresse achève de le mettre en érection.
Poursuivant sa préparation, je me saisis de son pénis et commence à le branler doucement. Sa respiration se fait de plus en plus haletante. Il se décontracte peu à peu et je tente d’insérer un autre doigt glissant en lui. Il pousse un nouveau râle qu’il tente de dissimuler en se mordant la lèvre. La tension autour de mes doigts est plus forte. Je m’inquiète.
« Ça va ? »
Il me répond d’un hochement de tête mais je devine qu’il souffre. J’embrasse sa nuque pour le rassurer et le clamer. J’ai l’intime conviction que peu importe la douleur, il la supportera et ira jusqu’au bout. En revanche, je suis de moins en moins sûr de moi. Je ne veux pas lui infliger de peine, je ne veux pas qu’il souffre. Pourtant, je ne peux pas le décevoir. Alors, je continue à le préparer à ma venue du mieux que je peux.
Je peux sentir qu’il commence déjà à accepter ma présence. Je poursuis toutefois en espérant que cette longue préparation lui évitera une trop grande douleur. Mais, il ne semble pas être de mon avis. Il s’impatiente et se saisit de mon membre. Il me caresse et comme toujours, mon corps lui obéit. Cependant, je n’ai pas l’impression d’être l’esclave de mon corps à cet instant. Peut-être est-ce parce que je suis trop concentré sur les besoins du sien.
« Prends-moi ! » me supplie-t-il.
Je ne peux qu’accéder à sa requête. Je retire mes doigts et attrape un préservatif. Je le déroule sur ma verge en érection. Je me saisis de la bouteille de lubrifiant et applique une bonne quantité de gel sur mon membre et sur son anus. J’approche mon gland de son intimité. Je frémis, et lui aussi. Je ne sais pas si c’est d’impatience ou d’appréhension, que ce soit pour lui ou pour moi. Je le caresse de mon phallus, et le pénètre en douceur. Il pousse un cri de douleur. Ses muscles se resserrent autour de moi, tentant de m’expulser. J’ai envie de le laisser faire alors que les larmes me montent aux yeux de lui infliger une telle douleur. Il doit deviner mes pensées.
« Continue, » m’enjoigne-t-il.
 Je n’ose pas protester. J’attends encore afin qu’il s’habitue à ma présence. Puis, avec une extrême lenteur, je m’enfonce en lui entièrement. Il cri encore et se mord le bras posé sous sa tête pour faire taire sa douleur. Je l’embrasse avec douceur et tendresse.
« Respire ! Respire lentement, » murmure-je à son oreille.
Il m’écoute. Nous restons un moment ainsi, moi n’initiant aucun mouvement, et lui se resserrant autour de moi à m’en faire mal. Mais je tais ma propre géhenne. Tout ce qui m’importe, c’est lui. Je l’embrasse dans le cou, sur la mâchoire et la nuque, les épaules. Je peux voir des larmes se dessiner au coin de ses yeux. Mon cœur se déchire à cette vue. Malgré tout ce que j’ai pu traverser, je ne supporte pas de le voir ainsi, pas lui. Je laisse mes mains se perdre avec tendresse sur sa peau encore savonneuse. Peu à peu, je le sens relâcher la pression, mais je n’ose toujours pas esquisser un mouvement. Je n’en ai pas le courage. J’attends son signal, et il ne tarde pas à me le donner.
« Vas-y ! Bouge, » dit-il de sa voix roque.
« Tu es sûr ?
Oui, vas-y. »
Avec une lenteur sans nom, je commence à me retirer, puis, entre à nouveau. Je sais qu’il souffre encore. Mais il tourne la tête vers moi et attend que je l’embrasse à nouveau. Je réponds à sa requête silencieuse d’un doux baiser. Lascivement, j’initie de calme va-et-vient en lui tout en l’embrassant. La pression autour de mon phallus s’amoindrit encore. J’en profite pour reprendre son pénis dans une main et le branler à nouveau. Il gémit contre mes lèvres, et je ne peux m’empêcher de sourire, heureux de constater qu’il éprouve un peu de plaisir. Je n’accélère pas pour autant.
Pourtant, il commence déjà à me donner des coups de hanches pour m’initier à un mouvement plus rapide. Ce qu’il veut, il l’a. Aujourd’hui, je vais lui donner tout ce qu’il désire. Je le pénètre donc avec plus de ferveur, et il ne peut s’empêcher de gémir à chacun de mes coups de butoir. Je sens son suc commencer à dégouliner sur mes doigts le caressant. Ses râles se font de plus en plus forts et je gémis moi aussi, sentant ma délivrance proche. Je l’embrasse encore. Je ne pourrais bientôt plus tenir. Mais, je ne veux pas oublier son plaisir au bénéfice du mien. J’accélère mes mouvements autour de sa verge suintante. Toute appréhension nous a quittés depuis un petit moment déjà. Il ne reste que la passion et la tendresse que nous avons l’un pour l’autre.
Cependant, malgré mon désir de le combler avant moi, je sens que je ne peux en supporter d’avantage. Je l’embrasse avec plus d’ardeur, et il me répond avec tout autant de puissance. Il pousse un dernier râle contre ma bouche alors qu’il jouie dans ma main. Je sens son emprise se resserrer autour de moi et explose à mon tour. J’ai l’impression que tout mon être s’éparpille joyeusement alors que je jouis. Des mots venus de nulle part s’échappent de mes lèvres en cet instant d’extase intense.
« Je t’aime, » murmure-je.
Je m’affale contre son épaule. J’essaye de reprendre mon souffle, et je ne réalise pas encore ce que je viens de faire. Lui, en revanche, a bien entendu mes paroles. Il s’est figé. Inconscient, je relève la tête et cherche ses lèvres. Je les trouve, les embrasse avec toute cette joie et ce nouveau sentiment qui m’accapare. Il ne répond pas à mon baiser. Je m’inquiète.
« Ça va pas ? » demande-je.
« Tu as dit quoi ?
Je t’ai demandé si ça allait.
Non, avant ça. Quand tu as joui. »
J’essaye de comprendre de quoi il parle, mais je ne m’en souviens déjà plus. Qu’ai-je fait ? Qu’ai-je dit ? Aurai-je eu un mot malencontreux ?
« Qu’est-ce… Qu’est-ce que j’ai dit ? » bégaye-je, inquiet.
« Tu m’as dit que tu m’aimais. J’ai pas rêvé ? »
Lui aussi paraît inquiet. Oui, je l’ai dit. Maintenant, je m’en souviens. Je l’ai dit et je ne le regrette pas. Je fixe mon regard dans le sien. Dans ses yeux, semble se mêler appréhension et joie. J’ai l’impression qu’il ne sait quel sentiment choisir. Je souris de cette réaction pourtant adéquate compte tenu de notre relation. Je l’embrasse tendrement. Il reste toujours impassible, sous le choc de mes paroles.
« Je l’ai dit, » murmure-je. « Et je te le répète : Je t’aime.
Vraiment ?
- Tu crois que je te mentirai ?
 - Non, mais… je croyais que tu ne le dirais jamais. »
Je quitte son intimité et l’oblige à se tourner vers moi. Je l’enlace avec cette nouvelle force qui m’envahit à présent. Cette force, c’est à lui que je la dois. Il a su me donner plus que quiconque aurait pu le faire. Il m’a appris la véritable signification de ces mots qui me faisaient tant souffrir, leur importance pour qu’enfin, je puisse les prononcer à mon tour. Et ces mots ne me font plus peur alors qu’il me les murmure encore une fois.
« Je t’aime babe. »

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Basé(e) sur une oeuvre à lespetiteshistoiresdeloalann.blogspot.com.

lundi 15 février 2010

Hey, babe ! (Fiction Yaoi) - Chapitre 04


La douleur est encore présente alors que les réminiscences de ma vie passée me quittent. Je tente de m’encrer dans ma réalité afin d’oublier la peine que me rappellent ces souvenirs. Je ressens sa présence à mes côtés. Il m’apaise tandis qu’il continue d’effleurer ma peau du bout de son index. La sensation est agréable, alors je ferme les yeux pour en profiter. Mais les visages de ces hommes qui m’ont étreint par le passé me reviennent en mémoire. Je préfère les oublier. J’ouvre les paupières et le regarde. Il tourne la tête vers moi et me sourit avec tendresse. Machinalement, ma main vient caresser ses cheveux, sa joue.
Lentement, l’index qui m’effleurait est rejoint par ses autres doigts, puis ses lèvres qui viennent m’embrasser le torse. Je baisse la tête pour le regarder faire. Il observe mes réactions lui aussi, tentant de savoir s’il peut aller plus loin, tandis que sa langue s’insinue dans mon nombril. D’un mouvement félin, comme s’il cherchait à ne pas me brusquer, il se place entre mes jambes et s’allonge sur moi, poursuivant ses caresses tendres et pleines de désir. Il m’embrasse doucement dans le cou. Je le sens se durcir contre mon ventre.
« Je croyais que tu voulais être gentil ce soir, » dis-je pour l’arrêter.
Après avoir repensé à Steve et ce qu’il avait fait de moi, je ne suis plus d’humeur à l’enlacer. À ma remarque, il laisse sa tête retomber sur mon épaule dans un geste de désespoir.
« Mais je suis gentil, là ! » murmure-t-il en protestation.
« S’il-te-plaît, arrête, » demande-je calmement. « J’ai vraiment pas envie de ça maintenant.
Tu penses à eux, n’est-ce pas ? » m’interroge-t-il, reprenant ses baisers sur mon épaule et mon cou.
Je me laisse surprendre par sa question. Comment peut-il savoir cela ? Et surtout, que lui arrive-t-il ce soir ? Il est rarement aussi conciliant. Il n’en fait toujours qu’à sa tête. Habituellement, dans de telles circonstances, il ferait fi de mes désirs, ne se préoccuperait que de mes parties érogènes, peu importe ce que je dirais, d’autant plus que mon corps commence déjà à répondre à ses caresses. Je ne supporte plus ce corps qu’il ne répond plus de moi. Je ferme les yeux jusqu’à m’en fendre les paupières.
Soudainement, il cesse ses embrassades. Il pose sa tête sur sa main, le coude replié, et je peux le sentir m’observer. Tendrement, il me caresse les cheveux.
« Tu es toujours comme ça quand tu penses à eux, » dit-il, comme pour répondre à ma question muette. « Arrête de te torturer. »
J’ouvre les yeux. Il me regarde avec tellement de douceur à cet instant que je ne peux m’empêcher de lui sourire timidement comme pour le rassurer. Il s’affale encore contre mon épaule dans un soupire.
« Quoi ? » demande-je, soudain inquiet.
« C’est à moi de te consoler, non ? »
Il lit en moi comme dans un livre ouvert. Comment fait-il ? Il embrasse ma barbe naissante avec affection.
« Je t’aime, babe, » murmure-t-il.
Je ferme encore les yeux. Les larmes emplissent mes paupières. Mon cœur se déchire de ne savoir si je peux croire en ces mots magiques. Ce serait tellement mieux s’il ne disait rien, toujours. Je n’aurais pas aussi mal. Je n’aurais pas à me demander si je peux faire confiance à ces mots.
Alors, comme à chaque fois qu’il les prononce, mes bras l’enlacent machinalement, et les paroles s’échappent de mes lèvres.
« Fais-moi l’amour. »
Je le sens sourire contre ma peau. Je peux deviner qu’il n’en fera rien. Pas ce soir, pas maintenant. Et quelque part, c’est la preuve qu’il ne me ment pas. Il n’est pas le premier à m’avoir dit de telles choses. Mais, parfois, j’en viens à souhaiter qu’il soit le dernier.
Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu ces paroles en sachant pertinemment que je ne devais pas y croire. Peut-être que pour ces hommes qui m’ont enlacé, cela leur permettait de donner du sens à ce que nous faisions, ou peut-être souhaitent-ils les dire à quelqu’un d’autre, sans le pouvoir. Je ne sais pas. Mais à aucun moment, ces mots ne m’étaient réellement destinés. Il ne m’était pas permis d’inspirer ce genre de sentiments. Les corps sans vie n’inspirent rien. Et c’était ce que j’étais, un corps sans volonté, ni sentiment, un corps à enlacer ou à maltraiter, un corps fait pour succomber aux plaisirs de la chair.
Ces mots n’ont toujours été que mensonges pour moi. J’aurais pu y croire si je n’avais pas vu et vécu leurs conséquences, les pensées qui se cachaient derrière eux. J’y avais cru une fois, parce que cette fois-là, ils m’étaient destinés. Mais ils étaient manipulés, faussés, ne représentaient pas un réel amour lorsque Yvan me les avait dit.
Je l’avais rencontré peu de temps après mon entrée à l’université. Pour mon plus grand malheur, après avoir quitté le lycée et le domicile familial, beaucoup de mes précédents « clients » fréquentaient le même établissement que moi, et mon étiquette de prostitué ne m’avait pas quitté. Je n’étais pas de ceux qui cherchaient des partenaires. Ils venaient à moi. La plupart des nouveaux avaient entendu des rumeurs et avaient tenté leur chance. À aucun moment, je n’avais eu le pouvoir de me refuser à eux. Toute cette misère me collait à la peau.
Et du fait de cette situation, mes « clients » étaient tous de la faculté. Je pouvais encore prétendre que je ne m’asservissais pas à coucher avec de vieux pervers édentés ou avec des homosexuels refoulés trompant leur épouse. J’avais encore cela. Pourtant, je ne sais toujours pas comment Yvan avait réussi à m’atteindre. Il n’était plus à l’université depuis longtemps et ne faisait pas parti de mon cercle de fréquentation habituelle.
Une fin d’après-midi après les cours, il était venu me voir et m’avait demandé une passe. Je ne savais dire non. Et pourquoi l’aurai-je dit ? Il était charmant, et agréable à regarder. Puis, il ne me semblait pas être le genre de personne à laisser ses pulsions animales et violentes le submerger pendant qu’il étreignait quelqu’un. Je l’avais donc suivi dans un hôtel plutôt luxueux, la première fois. À aucun moment, je n’avais osé lui demandé quel était son métier, mais je m’étais toujours imaginé qu’il travaillait comme banquier ou comme cadre. Un emploi bien rémunéré en somme. À chacune de nos rencontres qui précédèrent, il portait toujours des costumes élégants. Il conduisait une voiture de sport, et m’amenait dans des endroits haut de gamme.
Je ne pouvais pas plus me tromper sur son compte. Je l’ignorais encore mais Yvan n’était pas le genre d’homme à travailler. Il vivait au-dessus de ses moyens et aux crochets des autres. Cependant, je préférais ne pas me poser de questions. La réalité était moins importante que le monde que je m’étais imaginé. Après notre première nuit passée ensemble, il revint souvent me voir. Et plus le temps passait, et plus j’appréciais nos rencontres. Lorsqu’il avait fini de jouer avec mon corps, il m’enlaçait avec bienveillance, et nous discutions de tout et de rien. La première fois où il me dit qu’il m’aimait, mon cœur battait la chamade. J’y croyais. Je souriais comme un bien heureux.
Pourtant, tous les signes de son mensonge étaient là. Je tâchais de les ignorer. Lorsqu’il m’étreignait, il n’y avait aucun amour dans ses gestes, seulement du désir et de la passion. Et me partager avec d’autres ne semblait pas le déranger plus que cela. Mais moi, je croyais en ce qu’il disait, et j’avais fini par l’aimer. Alors, ce fut sans le moindre soupçon que je le suivis à une fête, deux mois après avoir fait sa rencontre.
Dès que je mis les pieds à cette soirée, je me sentis mal à l’aise. J’avais l’impression de ne pas être à ma place. L’ambiance était étrange. À des hommes distingués en costume trois pièces, se mêlaient de jeunes hommes de mon âge, torse nu pour certains, d’autre ne portant plus qu’un simple sous-vêtement comme s’il s’agissait d’un luxe qu’ils ne pourraient bientôt plus se permettre. Drogues et alcool tournaient. Les plus âgés ne cessaient de caresser les chairs tendres, de les embrasser en riant grossièrement. Je me demandais alors dans quel genre de soirée Yvan m’avait conduit. Mais, je faisais encore confiance à cet homme que je considérai alors comme mon protecteur.
« Yvan ! » cria joyeusement un jeune homme à moitié dévêtu qui se précipita sur nous et sauta au cou d’Yvan dont je refusai de lâcher la main.
J’avais peur de m’éloigner de lui, de me retrouver seul dans ce monde inquiétant qui n’était pas le mien. J’observai Yvan alors que cet autre l’enlacer. Il ne semblait pas partager mes préjugés. Bien au contraire, il paraissait à l’aise, dans son élément.
« Tu as ramené un nouveau, » fit le jeune homme, se tournant vers moi.
« Oui, » répondit celui que je considérai alors comme mon amant. « Prends bien soin de lui, d’accord ?
Ok, je m’en occupe. »
Le jeune homme me sépara d’Yvan et me tira derrière lui. Je me tournai vers mon amant pour protester mais ce dernier ne me regardait déjà plus. Il serrait la main et discutait avec un autre homme élégamment vêtu.
« Allez, t’en fais pas. Tu vas bien t’amuser, » fit le jeune homme qui avait ma charge.
Il me poussa sur un des canapés, m’obligeant à m’asseoir et me servit un verre que je pris sans méfiance. J’en bu une gorgée. L’autre s’assit sur moi à califourchon et commença à caresser mon torse à travers ma chemise. J’avais envie qu’il arrêtât. Je ne voulais pas de lui comme partenaire et encore moins qu’il me touchât devant Yvan. Pourtant, je jetai un œil à ce dernier qui nous observait de loin. Il eut un sourire étrange sur le visage qui me fit l’effet d’un coup de poing dans l’estomac. J’arrêtai la main de l’autre caressant ma poitrine et finis le verre qu’il m’avait donné pour oublier. Oui, je ne pouvais qu’espérer oublier, oublier que j’étais ici, oublier qu’Yvan s’amusait de me voir avec un autre homme, oublier qu’un autre que lui me touchait et m’embrassait dans le cou.
« Détends-toi ! Ça va aller, » murmura ce dernier.
Je fermai les yeux pour ne pas vomir. J’essayai de m’évader, de me réfugier dans un autre monde fermé aux autres, mais mon esprit devenait confus. La tête me tournait. J’ouvrai les yeux, et une brume terrifiante me brouillait la vue. Mon corps se détendait peu à peu, jusqu’à ce que mes muscles deviennent inopérants. J’ignorai ce qui m’arrivait mais la peur s’emparait de moi au fur et à mesure qu’un brouillard sombre envahissait mon esprit. Je gémis. Je ne sentais plus que les lèvres humides se posaient sur mon cou. J’avais perdu toute faculté de réflexion mais mon sens du toucher était décuplé. Je ne pouvais plus que ressentir ce que l’on me faisait subir. Les voix autour de moi me paraissaient lointaines. Ce fut à peine si je les reconnusse.
« Il est prêt.
Ok. Allez, Kilian. C’est ton baptême du feu. »
Le poids du corps qui pesait sur moi disparut et je me sentis soulever dans les airs pour être presque aussitôt jeté tel un corps mort. La notion du temps disparu, et mes souvenirs de cet instant sont toujours flous. Je crois que l’on me dévêtit. Tout ce dont je me rappelle aujourd’hui ce sont les mains, les caresses sur ma peau brûlante et la douleur, l’envie de disparaître aussi. J’ignore encore combien d’hommes ont profité de mon inconscience, combien ont joui en moi cette nuit là. Tout ce que je garde en mémoire, c’est la peur, cette peur tyrannique qui m’envahit encore aujourd’hui, et le sentiment d’avoir été trahi par ces mots auxquels je voulais tellement croire.
Le lendemain, lorsque je repris conscience, ce fut pour sentir un homme se décharger en moi dans un râle guttural et s’affaler sur mon corps inerte. Au bout de quelques instants, il se releva et quitta mon intimité. Il se rhabilla et sortit de la chambre dont Yvan semblait monter la garde. Des billets passèrent de main en main. Mon cœur se déchira. La douleur de la trahison se fit plus vive. Le sentiment que jamais, je pourrais encore croire en ces mots s’empara de moi. L’envie de pleurer mais de ne plus avoir de larmes à verser me brisa.
« Hé, Kilian. T’es réveillé ! » fit Yvan, entrant dans la pièce. « Tu as été formidable hier soir. »
Il s’approcha de moi et vint s’asseoir sur le lit. Il se pencha pour embrasser mon front, mes joues, mes lèvres. La souffrance était tellement plus grande que la première fois où Steve avait fait de moi son jouet. Elle était différente. Ce fut pourquoi la colère me submergea, et je trouvais la force de le repousser. Aussi rapidement que je le pus, je me relevai et me rhabillai. Yvan m’attrapa par le bras pour me retenir.
« Hé, t’énerve pas comme ça, » dit-il d’une voix amusé. « Tu n’as rien fait que tu n’ais déjà fait avant. »
Je regroupai toutes les forces qu’il me restait afin de me libérer de son étreinte. Je fuis ce lieu et cet homme aussi vite que je pus. Le son de son rire malveillant tandis que je quittai cet appartement luxueux résonne encore à mes oreilles aujourd’hui. Plus jamais il ne revint me voir, et j’en fus rassuré, car, malgré ce qu’il avait fait, je ne savais pas si j’aurai pu lui refuser quoi que ce fût. Non pas parce que je l’aimais, mais parce que je n’avais jamais su dire « non » à qui que ce soit auparavant. Alors, ma vie avait continué comme elle avait toujours été. Seulement, plus jamais je ne fis confiance en ces mots qu’il avait prononcés.

Mot de l’auteur : Bon, ben pas de lemon pour ce chapitre. Désolé. Et je m’excuse aussi pour le retard et également pour la qualité de ce chapitre dont je ne suis personnellement pas satisfaite.  Moi qui envisageais d'envoyer cette fiction à un éditeur, je crois que c'est raté. Enfin bon, j’espère me rattraper avec le prochain et dernier chapitre. J’essayerai de ne pas être trop longue… Donc, à bientôt et laissez-moi pleins de commentaires pour me donner votre impression, même si elle n'est pas bonne. Merci.



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lundi 1 février 2010

Hey, babe ! (Fiction Yaoi) - Chapitre 03


Mot de l'auteur : ATTENTION !!! Je préfère prévenir mon lectorat. Ce chapitre contient une scène très violente (du moins, aussi violente que mon imagination le permet), donc âme sensible s’abstenir. Et aussi, désolé pour le retard.

Les souvenirs s’effacent peu à peu et me laissent un étrange sourire sur les lèvres. Je décide enfin de me relever. Je ferme l’eau et sors de la douche. J’attrape une serviette avec laquelle je m’essuie nonchalamment les cheveux avant de la nouer autour de ma taille. Je quitte la salle de bain. Lui, il est là, à m’attendre. Étendu sur le dos, les bras croisés derrière la tête, il m’observe tandis que je vais retrouver ma place à ses côtés. Je refuse de le regarder mais je sens son regard se poser sur moi. Une fois que je suis allongé, il se tourne vers moi, plaçant sa tête dans sa main, le bras replié. Je le sens m’examiner. Je peux aisément deviner son désir. Mais je sais qu’il n’ose pas faire le premier pas. Quelque part, cela m’amuse. Cependant, je ne suis pas prêt à lui donner satisfaction, et il le sait. Alors, timidement, du bout de l’index, il vient jouer avec les gouttelettes d’eau qui sont restées sur ma peau. Je le regarde enfin. Il me sourit avec tendresse. J’ai l’impression de fondre comme à chaque fois qu’il me fait ce sourire. Je ferme les yeux. Je ne veux pas me laisser emporter par mes sentiments. Et puis, quels sont-ils au juste ?
« Je peux t’embrasser ? »
Je sursaute. Qu’est-ce que c’est que cette question ? Depuis quand il me demande la permission pour faire quoi que ce soit ? Ne suis-je pas un jouer entre ses mains, un automate obéissant ?
« Qu’est-ce qu’y t’en empêche ? » demande-je, à fleur de peau.
« J’ai l’impression que si je le fais, tu vas me coller un pain dans la gueule, » plaisante-t-il.
« Et depuis quand c’est un problème pour t’empêcher de faire ce que tu veux ?
J’ai pas envie de ça ce soir. Je suis d’humeur… “gentil“. »
Je le regarde encore. Il est concentré sur les arabesques humides qu’il dessine sur mon torse. Il sourit bêtement de ses dernières paroles. À le voir comme cela, je s’esquisse moi aussi une risette. Ma mauvaise humeur commence à me quitter. J’ai envie qu’il me touche, m’embrasse, qu’il me prenne dans ses bras, qu’il m’appelle de ce surnom que je déteste tant, de ce surnom ridicule. Pourtant, je ne fais rien, je ne dis rien. Je n’exprime aucune volonté. C’est ce que l’on a toujours attendu de moi, et j’ai su trop bien respecter cela. Maintenant, je ne sais plus exprimer ce que je désire. Je ferme les yeux et espère très fort qu’il le devine, par je ne sais quel moyen.
 « Alors ? » s’enquit-il, levant les yeux vers moi. « Je peux t’embrasser ?
Non, » réponds-je d’un ton sec.
Malgré mon désir de sentir ses lèvres contre les miennes, l’envie de le taquiner est plus forte. Quelque part, je le punis de ne pas avoir su lire mes pensées. Il fait une moue infantile. Je grimace pour restreindre un rire joyeux. Il n’y a qu’avec lui que j’ai envie de rigoler comme cela. Il n’y que lui qui arrive à m’extorquer des sourires sincères. Le sait-il ? Une chaleur m’envahit. J’ai envie de rire avec lui, tels deux enfants heureux. Est-ce cela le bonheur ?
« Au fait, » dit-il, caressant toujours mon abdomen de son doigt. « Un certain Steve te cherchait aujourd’hui. Tu l’as vu ?
Steve ? Non. Et je sais ce qu’il veut. Je ne suis pas intéressé. »
Je ne l’ai jamais été d’ailleurs, pas avec Steve. J’avais trois types de clients : les hétérosexuels qui voulaient s’essayer aux relations entre hommes, les homosexuels qui souhaitaient prendre un peu de bon temps, et les homosexuels refoulés qui éprouvaient le besoin de passer leur dégoût d’eux-mêmes dans un acte bestial et violent. Ces derniers étaient les pires, et Steve en faisait partie.
Je le connais depuis le lycée, il était le meilleur ami d’Olivier, si tenté qu’il pût avoir ce genre d’amitié. Le lendemain de ma première « passe », la nouvelle s’était répandu telle un traînée de poudre, je ne sais comment. Olivier n’était pourtant pas du style à s’en vanter. Mais, je venais d’être catalogué prostitué, et quelques jours plus tard, Steve était venu me voir et m’avait proposé un marché semblable à celui que m’avait offert son ami. J’aurais pu dire non, arrêter cette plaisanterie qui n’avait que trop durée. J’en étais encore capable à cette époque. Cependant, je ne savais pas vraiment où j’en étais. Peut-être me disais-je que c’était une manière de me venger d’Olivier en couchant avec son meilleur ami ?  Peut-être pensais-je que cela le rendrait jaloux, ou quelque chose comme cela ? Qu’est-ce que je pouvais être stupide ! Il m’avait pourtant prouvé qu’il se moquait éperdument de ma personne.
Et j’avais accepté de suivre Steve dans un motel, après les cours. Ce fut avec l’innocence de l’enfant que je rentrais dans cette chambre crasseuse pour la première fois. Je ne savais pas quoi penser de Steve. Je l’avais toujours considéré comme un homophobe. Les regards qu’il posait sur moi semblaient tantôt gorgés de désir, tantôt emprunts d’un dégoût sans borne. Qu’il vint me voir m’avait plus que surpris. Son comportement à mon égard aurait dû m’alarmer. Toutefois, j’étais loin d’être un enfant perspicace. Naïvement, j’offrais mon corps à ce camarade sans me douter de ce qu’il allait en faire.
Je m’assis sur le lit, et laissai mon regard balayer la pièce tandis que Steve fermait la porte de la chambre, jetant la clé sur une table avec désinvolture. Il s’approcha ensuite de moi, et vint se placer entre mes jambes. Je ne faisais pas vraiment attention à lui, alors qu’il attendait que je m’attelasse à lui donner du plaisir. Son impatience ne tarda pas à se faire en entendre.
« Bon, alors ! Qu’est-ce que t’attend ? »
Sa voix était emprunt d’une haine et d’un dégoût incompréhensible. Je ne pris pas gare à ce énième avertissement et plantai mon regard dans le sien, plein de morgue. Il eut un rictus écœuré devant mon attitude. Encore une fois, je n’y fis pas attention. J’attrapai sa ceinture et la lui ôtai. Je défis la fermeture de son jeans. Je levai une nouvelle fois les yeux vers Steve, lui lançant un regard dédaigneux, tandis que je fis descendre son pantalon. Je ne cherchai pas à attiser son désir. Je n’allais que lui offrir du sexe à l’état brut, et plus le temps passait, moins j’avais envie de le faire. J’avais donc l’intention de lui faire une fellation, puis de repartir, mes cinquante euros en poche. Je pensais alors qu’il se contenterait de cela.
Son caleçon alla rejoindre son pantalon sur ses chevilles, et je m’emparai de son sexe avec rudesse. Je ne mettais aucune bonne volonté dans ce que je faisais, tandis que je commençai à le branler. Je laissai mon regard vaquer ailleurs pendant que je m’attelai à lui donner de la vigueur, ce qui ne tarda pas à se produire. Alors, non sans une pointe de dégoût pour ce que j’allais faire, mais surtout à qui j’allais le faire, je me penchai sur l’entrecuisse de Steve et lui donnait un premier coup de langue depuis la base de son pénis jusqu’à son gland. J’étais, malgré tout, bien décidé à lui offrir toute mon expertise, lui faire connaître un plaisir inéprouvé.
Je jetai un coup d’œil à Steve qui me regardait faire, les yeux emplies de désir, se mordant la lèvre inférieure. Je souris de son comportement. Être témoin de sa jouissance due à mes caresses m’offrait une nouvelle perspective. Je ne cessai d’observer ses réactions. Je m’amusai de voir Steve, ce jeune homme grossier et – j’en suis persuadé – gay qui se cachait derrière une façade de l’hétérosexuel multipliant les conquêtes féminines. J’avais, à cet instant, un certain pouvoir sur lui, me sentant tout puissant. Grâce à mon savoir, j’avais le contrôle de son désir et de son plaisir. Il était ma chose alors que je lui prodiguais mille caresses sur sa verge engorgée.
Il fit une grimace d’écœurement, découvrant ma soudaine satisfaction. Mon plaisir n’en fut que décuplait. Je titillai son gland du bout de ma langue, l’observant par-dessous. De mon pouce et de mon index droit, j’encerclai la base de son membre et remontai jusqu’à son extrémité, faisant pression afin d’en extirper le suc. Une fois arrivé au gland que mes lèvres recouvraient, ma langue le caressant, l’autre main prenait le relai. Je sentais son membre grossir. Avec quelqu’un d’autre, j’aurai cherché à exciter la prostate, mais j’avais peur de la réaction de Steve si je pénétrai son intimité, ne serait-ce que d’un doigt. Je préférai donc m’abstenir. Au lieu de cela, je le pris entièrement en bouche, faisant des va-et-vient sur son membre suintant, jouant de tous les muscles de ma bouche, le suçant avec vigueur. D’une main, j’attrapai ses bourses et les massai drument.  Il ne tarda pas à se déverser dans ma gorge laissant échapper un râle de plaisir. Sa semence me laissa un goût acre dans la bouche, mais je la bus entièrement.
D’un revers de manche, je m’essuyai les lèvres, lui lançant un regard satisfait. Malgré sa jouissance, il n’avait pas débandé. Je n’y fis pourtant pas attention.
« Mes cinquante euros, » réclamai-je alors, plein d’orgueil, commençant à me lever. « Je me casse.
­- Où tu crois aller comme ça ? » demanda-t-il, m’attrapant par le poignet avec force. « J’en ai pas fini avec toi. »
Avec violence, il m’obligea à me retourner et m’allongea sur le lit. Il tira sur mon pantalon avec tellement d’agressivité que le bouton céda, me laissant une marque douloureuse sur l’abdomen.
« Hé, arrête ! Tu me fais mal ! » protestai-je, me débattant.
Pour toute réponse à mes suppliques, il accentua la pression sur mon poignet me tordant le bras dans le dos avec fureur. Le son des os qui se brisassent résonna à mes oreilles. Une douleur vive me fit lâcher un cri. Les larmes commencèrent à emplir mes yeux.
« Steve, arrête ! » continuai-je à implorer, la voix tremblotante, tentant de me dégager.
Mais il me tenait trop fermement, et la douleur m’empêchait de bouger à ma guise. Les pleurs coulèrent sur mon visage tandis que de sa main libre, il se débarrassait de mon boxer qui se déchira sous sa force.
« Arrête ! Je t’en pris, arrête ! » suppliai-je une dernière fois, éclatant en sanglot.
« T’inquiète, tu vas adorer. »
Sa voix était emplie de haine et de mépris. J’enfuis mon visage dans les draps, tâchant d’étouffer mes gémissements de douleur. D’un coup sec, il me pénétra entièrement. Je ne pus restreindre un hurlement.
« Mais tu vas te la fermer, oui ! » se plaignit-il, me donnant un coup de poing dans le creux des reins.
Je criai encore. Il m’obligeât alors à me redresser, me plaquant contre son torse et m’agrippa par le cou d’une main, l’autre retenant toujours mon bras derrière le dos. Sa violence était telle qu’il m’écrasait la trachée, m’empêchant de respirer. De ma main lire, je tentai de me libérer de cette étreinte tandis qu’il commençait à donner des coups brutaux. Les larmes cessèrent de couler sur mes joues. J’écarquillai mes yeux secs, terrifié par ce qu’il se passait. Allais-je mourir ici ? Ma vie allait-elle s’achever dans cette chambre crasseuse ? La douleur se propageait dans mon corps mais la peur m’empêchait de sentir quoi que ce fût. Un liquide chaud coulait le long de mes cuisses alors qu’il me martelait de coups de butoir. Je suffoquai. Je le griffai, sa main enserrant ma gorge, sa joue, son épaule, tout ce qui était à ma portée afin de le faire lâcher prise. Cela n’eut pour effet que de le faire grogner de contentement.
« T’aime ça, petite salope ! » murmura-t-il à mon oreille.
Comment pouvait-il imaginer que je semblais apprécier cet acte brutal et douloureux ? Je me rendis alors compte que je bandais tel un pendu. Ses mouvements s’accélérèrent. Le temps sembla s’arrêter. Des petits points blancs m’apparurent devant les yeux. Tout devenait flou. Je ne ressentais plus la douleur. La peur me quittait ainsi que tout autre sentiment pendant qu’il me pénétrait violemment. L’obscurité commençait à m’envahir tandis que je le sentis se décharger en moi dans un râle de plaisir, des spasmes secouant son corps. Il desserra enfin son étreinte et je retombais sur le lit telle une masse morte, à peine conscient, toussant alors que mes poumons se remplissaient à nouveau d’air. Il se laissa choir à côté de moi.
« Olivier n’avait pas menti ! Putain, que c’était bon ! » s’exclama-t-il, la voix roque.
Je me recroquevillai sur moi-même en position fœtal et sanglotai en silence. La douleur m’envahissait entièrement alors que je prenais conscience de mon corps. Je sentis à nouveau un liquide chaud couler de mon intimité. Je ne sais comment j’eus la force de regarder pourvoir un suc épais tenté de rose s’échapper de mon rectum.
Steve se releva, et je tremblai de tous mes membres, terrorisé à l’idée qu’il revint à la charge. Mais il n’en fit rien. Il se rhabilla en silence, et lança quelque chose sur le lit qui atterrit dans ma main.
« Tiens, ce que je te dois, » précisa-t-il.
Sans rien ajouter, je l’entendis sortir de la chambre et claquer la porte derrière lui. Une fois seul, je ne contrôlai plus mes sanglots secouant mon corps nu et meurtri, serrant amèrement le billet de cinquante euros dans ma main. Je ne tardai pas à perdre connaissance. Ce furent les cris de la femme de chambre qui me réveillèrent le lendemain matin. Je m’évanouis une nouvelle fois et ne repris conscience que quelques heures plus tard à l’hôpital. J’avais le bras dans le plâtre et mon corps était courbaturé, douloureux. Lorsque j’ouvris les yeux, ma mère était à mon chevet, le visage en larmes, me tenant la main. À sa vue, mes pleurs se remirent à couler. Plus loin, mon père me regardait avec dégoût. J’appris plus tard que les médecins les avaient informés que j’avais été victime d’un viol. À partir de cet instant, mon père ne me considéra plus comme un homme, ni comme son fils, d’ailleurs.
Quelques jours après mon réveil, un agent de police vint prendre ma déposition. Je ne lâchai un mot malgré les suppliques de ma mère et les menaces de mon père. L’agent tenta alors de les calmer, affirmant que mon silence était sans doute dû à ma peur des représailles, que je ne cherchais en rien à protéger la ou les personnes qui m’avaient fait ça. Bien sûr, il se trompait. Je ne pouvais pas dénoncer Steve parce que j’étais tout aussi coupable que lui de ce qu’il s’était produit. Je l’avais suivi de moi-même dans cette chambre d’hôtel, et j’avais été payé pour ce qu’il m’avait fait. Si la police allait l’interroger alors mes parents sauraient que je m’étais vendu, et Steve ne serait pas puni puisque je n’étais qu’un prostitué. À quoi bon dire quoi que ce fût ?
Une semaine plus tard, je revenais au lycée sous les regards dédaigneux de mes camarades de classe. Personne ne sut ce qu’il s’était vraiment passé. Steve avait donné sa version des faits et, à aucun moment, ne se douta qu’il était la cause de mon bras plâtré ou de mon séjour à l’hôpital. Il était persuadé que j’avais pris autant de plaisir que lui à nos ébats. Aussi, il ne fut pas étonnant qu’il revînt me voir par la suite. J’aurai pu me refuser à lui. Je n’étais pas masochiste. La douleur que j’avais ressentie lorsqu’il m’avait pris ne m’avait apporté aucune jouissance, loin de là. Cependant, je ne m’étais jamais refusé à lui. Ce que j’avais vécu dans cette chambre m’avait ôté toute volonté. Je n’étais plus capable de dire « non » à qui que ce fût. J’étais devenu un corps sans âme. Il avait fait de moi ce que je suis aujourd’hui, incapable d’exprimer des sentiments.
Puis, pour pallier à la violence de Steve – et de ceux, comme lui, qui suivirent par la suite – je rusais. Lorsque j’avais fini de lui faire son habituelle fellation, je m’éclipsai dans la salle de bain afin de me préparer à son intrusion. Je revenais ensuite vers lui et le laissai faire ce qu’il voulait de mon corps, me transformant en poupée de chiffon. Je ne pleurai pas malgré les coups à répétition qu’il me donnait, malgré la douleur de sa brutalité. Je ressortais toujours couvert de bleus et courbaturé de cette chambre de motel, mais je ressortais sur mes pieds, et c’était l’essentiel. La douleur, le dégoût de moi-même, tout cela n’avait plus d’importance.


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samedi 23 janvier 2010

Hey, babe ! (Fiction Yaoi) - Chapitre 02


Je n’entends plus que l’eau qui frappe ma peau. Ma tête bourdonne de ces souvenirs. Les larmes me monteraient presque aux yeux si elles ne s’étaient pas asséchées il y a longtemps. Je suis vide. Je n’ai plus vraiment la force de nager à contre-courant. Je me laisse emporter par les autres. Pourquoi chercher à faire des efforts ? Pour ce que j’en gagne…
Je sursaute lorsqu’une main vient me caresser le dos. C’est lui. Je n’ai pas envie de le voir pour le moment, et encore moins qu'il me touche. Pourtant, ses mains glissent sur mon torse et m’enlacent. Ses lèvres se posent sur mon cou avec douceur. J’ai envie de hurler.
« Tu as encore fait un cauchemar, babe ? » me demande-t-il doucement.
Je hoche la tête pour répondre. Si j’ouvre la bouche, je risque de me laisser emporter. Et lui, il continue ses caresses. Ses doigts effleurent la peau de mon ventre, descendent vers ce lieu de plaisir. Ses lèvres m’embrassent tendrement le cou puis la nuque. Je peux sentir qu’il a envie de moi. Mais, moi, je n’en veux pas, pas maintenant. Pourtant, mon dos se cambre déjà. Mon corps ne répond plus de moi. Il est l’esclave de ces autres. Alors, je m’emporte. Je me rebelle contre ce corps qui ne m’obéit plus. Je m’énerve contre lui parce que je n’ai pas envie de cela et que tout mon être n’est qu’un jouet entre ses mains.
« Putain ! J’peux pas prendre ma douche tranquille ! » hurle-je alors.
Il arrête net tous ses mouvements. Je lui tourne le dos, mais je peux sentir son visage triste derrière moi. Une douleur atroce s’empare de ma poitrine. Je regrette déjà d’avoir laissé ma colère s’exprimer.
« Ok, » dit-il d’un ton en peine. « Je t’attends dans la chambre. »
Au son de sa voix, la douleur se fait plus violente. Je ne le regarde pas alors qu’il sort de la douche, puis de la salle de bain. Une fois seul, je tape du poing contre le mur.
« Merde ! » fis-je dans un murmure.
Je me retourne et m’appuyant contre la paroi, je me laisse glisser au sol. Je me recroqueville sur moi-même et encercle mes genoux de mes bras. Ma tête vient s’y blottir. Pourquoi faut-il qu’il soit si gentil ce soir ? Pourquoi n’est-il pas arrogant quand j’ai besoin de me défouler sur lui ? Il a toujours eu le don de me désarmer. Depuis le début, il souffle le chaud et le froid. Il est à la fois cruel et tendre, indifférent et attentionné, insensible et passionné. Je ne sais jamais sur quel pied danser avec lui. Il a toujours été ainsi.
Nous nous étions rencontré à une soirée organisée par un ami commun. Il ne savait alors rien de moi à cette époque, et cela me plaisait. Il ne me regardait pas de haut, ou ne me traitait comme un objet. J’étais alors un être humain à part entière à ses yeux. Pourtant, il agissait avec ambigüité. Tantôt il fleuretait, tantôt c’était à peine s’il desserrait les lèvres pour me dire bonjour. Mais ce comportement changeant n’était qu’un trait de sa personnalité. Je savais que cela n’avait rien à voir avec moi. Je l’acceptais.
Après notre première rencontre, nous nous revoyions régulièrement en amis. Il était gay, et moi aussi. Je l’attirais, et lui également. Cependant, quelque chose me retenait, et il devait le sentir car, à aucun moment, il ne tenta de s’emparer de mon corps. Nous nous embrassions à des soirées bien arrosées sans aller plus loin. Je trouvais nos rapports rafraichissants. Il était une lumière apaisante dans l’obscurité que je traversais à ce moment là. Nous étions amis, et il ne me jugeait pas. Il ne me jugeait pas, et j’étais terrifié à l’idée de perdre tout cela. Alors, je préférais taire ma situation. Peut-être était-ce semblable à un mensonge, mais j’avais envie de croire à ce mensonge, cette fausse réalité qui n’existait qu’entre nous.
Puis, un jour, tout s’écroula. Je ne sais comment, il apprit ce que j’étais, ce que je faisais. Lors d’une fête, nous nous retrouvâmes. Je me précipitai vers lui dès mon arrivée, enthousiasme de le revoir après la journée que je venais de passer. Il me regarda avec suffisance pour la première fois depuis que nous nous connaissions. Son regard m’arracha le cœur. Sans un mot, il s’éloigna de moi. Je l’observais faire, tétanisé par la douleur de ce changement de comportement, sans pourtant me douter qu’il savait ce que j’étais. Durant toute la soirée, je ne le quittais pas des yeux. Il était furieux, parlait à peine aux autres, me lançait quelques regards dégoûtés de temps en temps. J’étais en souffrance.
Ce ne fut qu’en fin de soirée, alors que tout le monde était imbibé d’alcool qu’il se décida à m’approcher. Un autre homme me faisait alors des avances que je tentais d’ignorer, trop accaparé par ma peine. Il vint vers nous, guidé par la colère.
« Tu nous excuses, » dit-il alors à l’autre d’un ton calme, masquant à la perfection sa rage. « Il faut que je lui parle.
­- J’étais là avant, prend un ticket, » répondit l’autre, de son souffle alcoolisé.
Il ne le laissa pas débattre d’avantage, et, m’agrippant par le poignet à m’en faire mal, me tira à sa suite. L’autre s’énerva, mais chuta lorsqu’il tenta de se relever, trop saoul pour tenir sur ses jambes.
Il m’emmena dans une chambre de la maison où nous étions et me jeta sans ménagement sur le lit. Il ferma la porte à clef derrière nous. Il me fallut un temps pour habituer mes yeux à l’obscurité. Et le spectacle qui se jouait devant moi me fit regretter de pouvoir voir à nouveau. Ses traits étaient déformés par la rage. Je ne savais pas encore quelle en était la cause à cet instant.
Il s’approcha du lit où je m’étais assis et me regarda de toute sa hauteur. Il agrippa mes cheveux et tira ma tête en arrière. Puis, il se pencha sur moi et m’embrassa avec fureur. Ce baiser n’avait rien de comparable avec ceux que nous avions échangés auparavant. Pourtant, je le laissai faire. J’avais envie de lui, et j’espérai que lui céder le ferait redevenir ce qu’il était. Je m’accrochais à l’espoir que, peut-être, consumer cette passion qui nous envahissait, nous rendrait ce que nous venions de perdre. Je ne pouvais pas plus me tromper.
Machinalement, mes mains virent encadrer son visage. Je tentais d’initier un peu de cette douceur qu’il m’avait fait connaître, mais ses intentions n’étaient pas là. En réponse à mon initiative, il me tira les cheveux en arrière et rompit notre étreinte. J’avais envie de lui dire d’arrêter, qu’il me faisait mal. Cependant, j’avais appris à faire taire la douleur, et son regard m’affirmait qu’il ne s’arrêterait pas. Il avait envie de cette souffrance, de ma souffrance. Je fermai les yeux dans un signe d’acceptation. Je me soumettais à lui.
Je ne sus pourquoi, mais mon asservissement sembla redoubler sa colère. Sa bouche se déforma dans un rictus de dégoût. Ses poings se serrèrent jusqu’à ce que ses jointures devinssent blanches. Son corps se crispa. Je me figeai sur place, terrorisé à l’idée de ce qu’il pouvait me faire. Je ne savais où poser mon regard. Que devais-je faire pour apaiser sa colère ? Je me transformai en poupée de chiffon, comme je le faisais toujours dans une telle situation. Mon esprit se vidait, devenait sans volonté. Mon corps était prêt à recevoir ses assauts. Je cachai mes larmes, ma douleur, ma peine au plus profond de mon être.
Pourtant, son attitude changea du tout au tout. Il s’accroupit devant moi et m’attrapa le menton avec délicatesse afin de fixer son regard dans le mien. Je tentai de lire ce qu’il voulait, mais comme toujours, je n’arrivais à atteindre ses pensées. Ses traits s’étaient radoucis. Du revers de la main, il me caressa tendrement la joue. Je fermai les yeux, appréciant la douce caresse. Ce soudain changement de comportement fit remonter mes larmes qui emplirent mes paupières clauses. Je fis un effort surhumain pour les retenir.
Je sentis ses lèvres se déposer subtilement sur les miennes. Je leur répondis avec timidité. C’était un baiser doux, tendre, un baiser comme je n’en avais jamais connu auparavant, un baiser qui ressemblait à de l’amour. Cependant, je restai méfiant. S’accrocher à un tel sentiment était dangereux pour quelqu’un comme moi.
Lentement, il me repoussa sur le lit et s’allongea sur moi. J’avais envie de l’enlacer, de l’aimer, de me raccrocher à ce corps qui me proposait une forme de délivrance à mon malheur, mais je n’avais plus de force. Mes bras ne répondaient pas à mes suppliques. Un frisson m’échappa tandis qu’il glissait une main chaude sous ma chemise. Son contact était d’une tendresse sans nom. De son autre main, il me caressait les cheveux avec douceur. Ses lèvres se mouvaient lascivement contre les miennes. Sa langue pénétra ma bouche suavement. Elle vient enlacer la mienne calmement. Je me laissai emporter par cet élan de délicatesse. J’oubliai tout.
Je gémis contre ses lèvres tandis qu’il effleura l’un de mes tétons du bout des doigts. Sa bouche quitta la mienne et glissa dans mon cou, lentement. Sa langue dessina un chemin humide sur ma gorge. Posément, il m’ôta ma chemise, continuant à m’embrasser. Mon corps n’était qu’un pantin entre ses bras. Je gardai les yeux fermés. Ses caresses sur mon torse se multiplièrent, toujours aussi tendres. Lentement, ses lèvres vinrent embrasser ma poitrine, jusqu’à mon ventre. Je me mordis les lèvres afin de retenir mes gémissements. Jamais un homme ne m’avait donné autant de plaisir avec si peu de chose, et je pourrais même dire que jamais un homme ne m’avait donné autant de plaisir tout court.
Tandis que sa langue s’attardait sur mon nombril, il commença à défaire ma ceinture, puis déboutonner mon jeans. Il retira le reste de mes vêtements. Il se plaça, ensuite, entre mes jambes et embrassa mon début d’érection. Je ne pu restreindre un gémissement d’extase alors qu’il déposait de doux baisers sur ma membre gonflant. Après quelques délicieuses caresses du bout des lèvres, il me prit en bouche avec lascivité. Mes râles se firent de plus en plus nombreux. Mon corps entier s’enflamma. Il cessa ses cajoleries juste avant ma délivrance.
« Tourne-toi, » murmura-t-il doucement.
Mon corps lui obéit. J’étais sa chose. Je ne contrôlai rien. Il tira calmement sur mes hanches jusqu’à ce que mes genoux touchent le sol. Puis, il écarta mes fesses et sa langue vint chatouiller mon anus. Je gémis encore. Mon esprit était apaisé. J’étais au paradis tandis qu’il s’insinuait en moi, humectant mon intimité. Un de ses doigts me pénétra, m’arrachant un nouveau râle. Avec une tendresse inconnue, il me prépara à sa venue.
Puis, je ne sentis plus son toucher. Une boule d’angoisse m’emprisonna la poitrine. Une douleur aigüe déchira mes entrailles tandis que, les paupières toujours closes, j’entendais des froissements de tissus. Enfin, ses mains vinrent se poser sur mes hanches et ma torpeur disparut. Je me mordis les lèvres, retenant un cri lorsqu’il me pénétra avec douceur. Il s’immobilisa, me caressant le dos avec tendresse. Je n’avais pas vraiment mal. J’étais habitué à ce type de traitement, pourtant, j’avais l’impression que c’était la première fois que l’on s’insinuait en moi.
Il se retira et l’inquiétude m’emplit une nouvelle fois.
« Retourne-toi, » dit-il calmement.
Une nouvelle fois, mon corps lui obéit sans que je n’eusse mon mot à dire. Il prit mes jambes et les posa sur ses épaules. Doucement, il entra en moi. Il se figea encore et se pencha sur moi. Il déposa ses lèvres sur le mienne, m’embrassant avec tendresse. Mes bras refusaient toujours ne m’obéirent alors que je mourrai d’envie de l’enlacer. Il caressait mes cheveux délicatement. Puis, il me pénétra entièrement. Je poussai un autre râle d’extase. Pourtant, il dût y voir un quelconque signe de souffrance car il s’immobilisa à nouveau et attendit, tentant de m’apaiser en déposant un millier de délicats baisers sur mon visage et mon cou.
J’avais envie de lui hurler de continuer, mais les mots refusaient de franchir mes lèvres. Je sentis à nouveau sa bouche contre la mienne, caressante et tendre. Il m’embrassa avec douceur tandis qu’avec une précaution immense, il commença à bouger en moi. Seuls de petits gémissements, manifestes de mon plaisir, s’échappaient de mon être toujours aussi statique. Une envie soudaine de voir son visage entrain de me faire l’amour émergea en moi. Toutefois, mes paupières restaient closes.
Peu à peu, il accéléra la cadence. Il se saisit de mon sexe en érection et me branla au rythme lascif de ses coups de butoir. Je me mordis les lèvres afin d’en contrôler les sons qui s’en échappaient. C’était la seule chose dont j’étais encore capable. Mais bientôt le plaisir fut bien trop énorme pour brider quoi que ce fût. Je ne tardais pas à jouir entre ses doigts. Je sentis la chaleur de sa semence m’envahir à travers la fine couche de latex. Il s’écroula sur moi dans un râle d’extase. Mes bras refusaient toujours de m’obéir et de l’enlacer, tandis qu’il se remettait à me couvrir de baisers.
Soudain, il cessa ses caresses. Les yeux fermaient, je ne pus même pas tenter de deviner ce qui avait provoqué ce changement d’attitude alors que je sentais son corps se raidir. Il quitta mon intimité avec rudesse. Je me mordis une nouvelle fois les lèvres afin de ne pas laisser échapper un gémissement de contestation. Je l’entendis s’asseoir à mes côtes et commencer à se rhabiller. Je pus enfin ouvrir les yeux. Je me redressai, puis allant m’asseoir à la tête du lit, je recouvrai mon corps des draps. Je me recroquevillai, enlaçant mes genoux où j’y déposai ma tête afin de le regarder se vêtir. Il me tournait le dos, boutonnant sa chemise.
« C’est quoi tes tarifs pour ce qu’on vient de faire ? » demanda-t-il de but en blanc, sans même m’octroyer un regard.
Machinalement, j’allais lui répondre, mais je me rendis compte de qui me posait la question. Il n’était pas sensé être au courant. Il n’aurait pas dû savoir ce que je faisais, ce que j’étais. Il aurait fallu que je le préservasse de cela pour que jamais, il ne posât sur moi le regard qu’il avait eut tout au long de la soirée. Je compris alors que son dédain soudain était dû à cette nouvelle qu’il avait apprise je ne savais comment, et qui avait dû lui faire un choc, changeant l’opinion qu’il se faisait de moi.
Les larmes me montèrent une nouvelle fois aux yeux, ces larmes que je pensais être taries depuis longtemps, ces larmes qui, pourtant, m’étaient venues tant de fois en cette soirée à cause de cet homme. Moi qui m’était forgé une coquille épaisse pour que, plus jamais, je ne sois blessé, lui l’avait brisée en mille morceaux pour m’arracher le cœur. Cette fois-ci, je ne pus me retenir de pleurer silencieusement. Je cachais mon visage entre mes genoux. Tout ce que je voulais à présent, c’était qu’il partît, qu’il me laissât seul, pour ne plus avoir à supporter son regard suffisant ou une autre remarque cinglante.
Pourtant, il resta là. Il s’approcha de moi et me caressa les cheveux. Il embrassa mes bras, ma nuque, mes épaules, tout morceau de peau à sa portée.
« Je suis désolé, » murmura-t-il. « Je n’aurai pas dû te demander ça. Je suis désolé… »
J’écarquillai les yeux de surpris, caché entre mes bras. C’était la première fois que j’entendais un autre homme me demander pardon. Sous le coup de l’étonnement, mes larmes disparurent, et je relevai la tête pour l’observer. Se moquait-il de moi ? Il posa un regard triste sur moi tandis qu’il essuyait mes joues humides. Un élan de pitié m’envahit. J’éprouvai le besoin de le rassurer.
« T’en fais pas, » dis-je alors d’une voix calme. « J’ai l’habitude que l’on me traite comme une pute. »
Il planta son regard dans le mien encore humide. Un triste sourire vint se dessiner sur ses lèvres alors qu’il caressait ma joue de son pouce, ses autres doigts entremêlés dans mes cheveux.
« Tu ne devrais pas, » fit-il doucement. « Personne ne devrait avoir le droit de te traiter comme ça.
­­- Mais c’est ce que je suis, non ?
Alors, ne le sois plus. Arrête tout ça et ne sois qu’à moi. »
En étais-je capable ? Pouvais-je mettre tout cela de côté et reprendre une vie normale ? Était-il possible de tout oublier ? Je le laissai m’enlacer avec tendresse, alors que je me demandais si j’avais encore droit à l’amour.

Mot de l’auteur : Salut mes chères lectrices et lecteurs, j’espère que ce nouveau chapitre vous aura plu autant que le précédent (je présume que le chapitre 01 vous a plu, sinon, vous ne liriez pas le second, vrai ?). Je voulais juste dire un petit quelque chose. En fait, j’ai écrit cette histoire à cause d’une phrase qui se trouve dans ce chapitre (« T’en fais pas. J’ai l’habitude que l’on me traite comme une pute. »). Cette phrase a émergé dans mon esprit ou je l’ai lu ou entendu quelque part, je ne sais plus, et je me suis donc demandée en quelle circonstance quelqu’un pourrait dire ça. J’ai donc construit mon histoire à partir de cette idée, et je vous livre donc ici, mon secret de fabrication, pour ceux et celles que ça intéresse.
Je vais m’arrêter ici et vous souhaite à tous et à toutes une bonne continuation. Je vous dis à bientôt pour la suite qui sortira sans doute la semaine prochaine, si je ne suis pas trop fatiguée.
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lundi 18 janvier 2010

Hey, babe ! (Fiction Yaoi) - Chapitre 01


L’obscurité. Toujours. Cette noirceur qui m’entoure. Toujours. Ce sentiment de perte. Perte de repères. Perte de soi. Puis, ces mains sans visages qui me touchent, qui me traînent vers un fond que je ne vois pas. La peur. Toujours. L’abandon. Toujours. Je ne peux plus lutter. Je n’en ai plus la force. À quoi bon lutter ? Je suis soumis à ces individus qui me m’attirent vers une plus grande obscurité. Ils me laissent leurs marques, telles des brûlures sur ma peau. Ils s'esclaffent d’un rire cruel. Ils savent déjà qu’ils ont gagné. Des voix fusent. Réminiscence d’une vie antérieure qui n’est plus la mienne.
« Réagis pas comme ça. S’il a fait ça, c’est parce que… » dit une voix d’homme que je n’arrive pas à identifier.
« J’en ai rien à foutre de savoir pourquoi il se comporte comme un con, » répond une autre voix colérique.
J’ai l’impression de la connaître. Mais je n’arrive pas à me souvenir. Ma peau me fait de plus en plus souffrir. J’essaye de m’accrocher, de résister pour entendre ces voix qui s’éloignent.
« Allez, babe. Tu ne vas pas m’en vouloir pour ça ! » fit une autre voix d’un ton amusé.
« Toi ! » s’énerve la deuxième voix. « C’est pas parce que tu m’as mis un doigt dans le cul que tu as le droit d’agir comme si je t’appartenais. »
La troisième voix rit. Elle a un son amer qui me retourne le cœur. Pourtant, j’essaye de tendre le bras pour les atteindre. Je ne veux pas laisser ses mains m’amener où elles l’ont décidé. Je ne veux pas me noyer dans cette obscurité. J’ai le sentiment que cette dernière voix est la seule qui peut m’amener vers la lumière, me sauver de cette noirceur qui m’engloutie. Je pousse un cri sous l’effort.
« Babe ! » fait la voix, soudainement inquiète.
Je m’assois brusquement dans le lit, le souffle court. La pièce est plongée dans l’obscurité. De rares lumières de la ville transparaissent par la fenêtre. Mes yeux s’habituent peu à peu au manque de luminosité tandis que les battements de mon cœur ralentissent pour prendre un rythme normal. Je prends peu à peu conscience de mon corps. J’ai la peau chaude et moite de sueur. Je me souviens. Je soupire bruyamment. Un cauchemar. Encore. Je n’arrête pas depuis quelques temps.
J’entends la respiration régulière du corps étendu à mes côtés. Ce corps inconscient de ce qui l’entoure. C’est toujours la même chose. Pourquoi je reste avec lui ? Je n’ai pas envie de le regarder. Je détourne les yeux. Je repousse les couvertes et m’assoie au bord du lit. Je prends un temps pour remettre mes idées en ordre. Je me lève et me dirige vers la salle de bain. Je ferme la porte derrière moi et allume la lumière. Je vais directement sous la douche, et je tourne les robinets. L’eau est froide. Je la laisse marteler ma peau nue. Je pousse un gémissement de contentement. Je m’appuie contre le mur de la douche. L’eau refroidie mon corps. Je me laisse submerger par ces sensations agréables.
Je n’arrive pas à me sortir toute cette histoire de la tête. Je ne me souviens plus comment ça a commencé. En fait si, je me souviens pertinemment comment tout ça a commencé. C’était une stupide blague, un malentendu que j’aurai pu clarifier. Mais voilà, je ne l’ai pas fait.
Olivier et moi étions amis depuis notre première année de lycée. Il était hétérosexuel. Il avait une petite amie, la plus populaire auprès des garçons. Il n’était pas mal courtisé lui aussi. Il m’attirait et, étrangement, je savais que je l’attirais aussi. Il savait que j’étais gay, et cela était devenu une excuse pour fleureter avec moi sous le couvert de la plaisanterie. Il ne s’était jamais rien passé entre nous, et malgré le fait qu’il me plaisait, je n’avais pas l’intention de changer cet état de fait. Pourtant, je continuai de le draguer, tentant de le repousser dans ses retranchements. Mais il était bien trop sûr de lui pour être choqué par ce que je pouvais faire ou dire, et il s’amusait autant que moi de mon comportement à son égard. Nous jouions ce jeu de séduction en toute innocence, sachant indubitablement que ça n’irait jamais plus loin.
Et pourtant, ce jour arriva, ce jour fatidique qui allait changer ma vie à jamais, qui allait faire de moi ce que je suis aujourd’hui, et qui, s’en doute, m’empêcherait de faire, un jour, de nouveau confiance à quelqu’un.
C’était parti d’une banale conversation. Nous avions un contrôle de mathématiques le lendemain et il était bien connu qu’Olivier n’était pas très doué dans cette matière. Je l’avais aidé à réviser à plusieurs reprises. Aussi, ce ne fut pas étonnant qu’il me demandât de venir chez lui, sans doute pour l’épauler encore dans ses études. J’aurais pu dire « oui », tout simplement, et tout cela ne serait pas arrivé. Au lieu de ça, je restai coincer dans notre petit jeu de séduction et levai les yeux vers lui, le sourire en coin.
« Combien tu me donnes ? » demandai-je.
Il me regarda, interloqué, d’abord, puis il eut un sourire séducteur sur le visage.
« Cinquante euros. »
Il avait répondu d’une voix assurée, comme si je ne valais que cinquante euros et que je ne devrais pas m’en plaindre, comme si coucher avec lui valait tout l’or du monde. C’était ridicule. J’aurai pu lui dire que je plaisantais. J’aurais pu tout arrêter, mais je ne l’ai pas fait. Je voulais voir jusqu’où il était prêt à aller. Je voulais voir si je ne m’étais pas trompé quant à l’effet que je faisais sur lui. Alors, j’ai accepté. C’était un peu à celui qui baisserait les yeux en premier, celui qui n’aurait pas le courage de continuer.
Il me tendit la main. Je la pris, et il m’aida à me relever. Il aurait alors pu me lâcher, mais il ne fit pas. Il la garda dans la sienne jusqu’à chez lui. Personne n’essaya de nous arrêter ou de nous interpeler lorsque nous traversâmes les bâtiments et la cour. Nous nous arrêtâmes à un distributeur. Je ne fis pas attention à ce qu’il faisait tandis qu’il retirait de l’argent. Je ne m’en formalisai pas. Je ne fis pas le lien entre ce qui avait été dit et ce qu’il était entrain de faire. Il m’amena chez lui.
Alors qu’il insérait les clefs dans la serrure, mon cœur commençait à battre la chamade. Je prenais peu à peu conscience de ce que nous nous apprêtions à faire. Mais allait-il réellement le faire ? En était-il capable ? J’étais nerveux. Cela ne semblait pas être son cas. Il avait la même attitude qu’à son habitude, sûr de lui, confiant en ce qu’il faisait.
Il me surprit quand il me tira à l’intérieur, me planquant contre le mur de l’entrée, fermant la porte d’un coup de pied. D’un même mouvement, il se pencha sur moi et m’embrassa avec fougue. Il ne sembla pas gêner par le fait que je sois un homme tandis qu’il enfonçait sa langue dans ma bouche. Je gardai les yeux grands ouverts sous l’effet de la surprise. J’observai son visage si près du mien. Ses paupières étaient clauses, ses longs cils noirs chatouillant ses pommettes hautes. Cependant, aucune nervosité ou dégoût ne transparaissait. Il m’embrassait avec envie, caressant ma langue de la sienne avec sensualité. Son baiser était exquis. J’avais envie de me laisser aller entre ses bras puissants, pourtant quelque chose me retenait.
Je le repoussai gentiment. Il me regarda interloqué. Je ne savais pas vraiment quoi dire. Je ne savais pas quoi faire. J’étais celui qui hésitait. Je me plongeai dans ses prunelles noisette, tentant de lire ses pensées. Je n’arrivai pas à les atteindre.
« Quoi ? » finit-il par demander.
Il était si proche que je pouvais sentir son souffle chaud contre ma peau. Il était excité. Il me semblait haletant, pressé. Et sans vraiment y réfléchir, je fis la seconde plus grosse erreur de ma vie.
« Et mes cinquante euros ? »
Il sourit d’un air que je ne lui connaissais pas. Il sortit quelque chose de sa poche et la plaça dans ma main. Je penchai la tête. Je vis un morceau de papier aux couleurs orange, virant sur la marron. Un billet de cinquante euros. Il l’avait fait. Le morceau de papier me brûlait la peau. Je me sentais acculé. Plaqué contre le mur, je n’avais plus aucun moyen de reculer, au sens propre comme au figuré. Je le regardai. Ce sourire qui m’était inconnu ne quittait pas son visage.
« On y va maintenant ? »
J’avais la bouche bée. Je ne savais plus quoi dire pour y échapper. Avais-je vraiment envie d’y échapper ? Il profita de ma perplexité pour me prendre une nouvelle fois la bouche.
« Ne t’inquiète pas. Je serais très doux, » murmura-t-il, son souffle chaud caressant mes lèvres offertes.
L’avait-il déjà fait avec un homme ? Savait-il ce qu’il faisait ? Ce genre de questions traversa mon esprit avant qu’il ne se vidât complètement alors qu’il m’embrassait à nouveau. Je me laissai gagner par son désir. Je l’entourai de mes bras, le plaquai contre mon corps, approfondissant notre baiser. Je perdais pied. Il venait de gagner notre petit jeu. C’était la fin. Je le savais. J’étais son prisonnier, son esclave. Il pouvait faire de moi tout ce qu’il voulait. Il était le grand vainqueur, j’étais le perdant. Lui succomber était mon gage. Puis, honnêtement, qui se plaindrait d’un tel gage. Pas moi en tout cas.
Il avait un corps d’Apollon, musclé et halé. Plaqué contre ce mur, ses bras puissants n’avaient aucune difficulté à me faire quitter le sol. Il me prit par la taille et me souleva. J’enserrai la sienne de mes jambes. Il nous fit quitter le vestibule et nous amena dans une autre pièce. Tout entier consacré à ses baisers divins, je ne m’en rendis compte que lorsque je tombais sur le lit. Olivier s’allongea sur moi. Nos regards se croisèrent. Ses yeux, empreints de passion et de désir, étaient d’un bleu électrique à vous glacer le sang. Je passai une main dans ses cheveux, noirs de jais, et l’embrassai encore. Il était toujours coiffé en bataille, et cela lui donnait un air sauvage et négligé qui lui seyait bien. Derrière mes yeux mi-clos, je continuai à l’observer, prêt à ce qu’il stoppât tout d’un moment à l’autre.
Au lieu de cela, il glissa une main chaude et assurée sous mon tee-shirt. Je frémis à son contact. Pris par l’intensité de son désir, je l’imitai. Sa peau était brûlante. Je sentais les poils de son torse s’hérissaient sous mes doigts. La chaleur s’emparait également de moi. L’impatience se fit sentir, et je ne contrôlai plus mes mains qui commençaient déjà à défaire sa ceinture dans un cliquetis métallique. Je déboutonnai son jean et me faufilai dans son boxer avec envie. Je m’emparai de son début d’érection et commençai à le branler lentement. Olivier n’eut aucun mouvement qui m’incita à arrêter. Je le sentis sourire contre mes lèvres. Il quitta ma bouche et dessina un chemin humide jusqu’à mon cou, puis à mon oreille dont il mordit le lobe.
« Tu es pressé ? » murmura-t-il.
Je souris mais ne répondis pas, me laissant exalter par la douce torture de ses tendres morsures sur la peau de mon cou. J’accélérai mes mouvements sur son pénis engorgé. Lorsque je sentis ce dernier durcir entre ma main, je cessai mes caresses et baissai les vêtements de mon amant jusqu’à mi-cuisse. D’un mouvement rapide, je le fis basculer sur le lit afin de me retrouver sur lui. Olivier eut un petit rire satisfait.
« Tu es vraiment pressé, » affirma-t-il tandis que, le chevauchant, je me précipitai déjà sur son membre gonflé.
J’avais hâte d’y goûter. J’avais tellement envie de le sentir dans ma bouche, de le sentir s’exalter sous mes caresses. Cela faisait déjà presque trois ans que je fantasmais sur cet instant, sans, pourtant, oser espérer qu’il n’arrivât. Je donnais un premier coup de langue sur cette verge dressée par mes soins en lançant un coup d’œil à Olivier qui me regardait faire, un sourire coquin fendant son visage. Puis, il laissa sa tête retomber sur ses bras croisés. Je poursuivis mes caresses. Du bout de la langue, je remontai le long de sa verge jusqu’à son gland, et j’en suçotai l’extrémité. D’une main, j’enserrai sa verge et glissai jusqu’à mes lèvres, puis, je recommençai avec l’autre main. De ma langue, je m’appliquai à massai son gland suintant. J’entendis Olivier râler sous mes caresses que je poursuivais avec ardeur.
Je lui jetai un regard. Il se mordait les lèvres, sans doute pour ne pas gémir des cajoleries d’un autre homme. Je souris de satisfaction. À présent, il était ma chose. Je pouvais faire ce que je voulais de lui. Je le pris en bouche et le pompai fiévreusement. Mes mains continuaient leurs va-et-vient au rythme de mes lèvres. Quelques gouttes de sperme s’échappaient de son membre qui grossissait dans ma bouche. Je m’en délectai avec plaisir. Olivier tendit une main et la passa dans mes cheveux. Il m’incita à accélérer le mouvement en appuyant sur ma tête. Je ne me fis pas prié. Son anus avait des spasmes de bien-être.
Je souris encore en me rendant compte de cela. L’une de mes mains quitta sa verge et du bout du doigt, vint caresser son intimité. Je sentis Olivier se raidir. Il se redressa sur ses coudes.
« Hé, attends ! Tu fais quoi là ? »
Je relevai la tête pour lui sourire. Je pouvais lire sur son visage que mon idée ne l’enchantait guère. Cependant, je n’y fis pas attention. Je le pénétrai d’un doigt. Il poussa un cri de surprise et de douleur.
« Arrête ça ! » cria-t-il.
Son visage était marqué par la colère. Toutefois, je commençai à masser sa prostate. Je vis ses yeux rouler dans ses orbites et il retomba sur le lit dans un râle d’extase. Tout en continuant mes caresses sur ce point précis de son anatomie, je me remis à le sucer avec ferveur. Je le sentais venir. Il ne tarda pas à éjaculer dans ma bouche, des spasmes de plaisir secouant son corps. Je bus sa semence avec avidité. Il avait un goût amer.
Sa main, toujours dans mes cheveux, me tira jusqu’à lui. Il me sourit, la respiration haletante. De son autre main, il essuya les commissures de ma bouche d'où gouttait son sperme.
« T’es plus doué que Gina ! » me félicita-t-il alors.
J’eus un sourire amer à l’évocation de sa petite-amie. Cependant, je préférai la chasser de mon esprit.
« Je ne regrette pas les cinquante euros, » ajouta-t-il.
« Mais attends ! C’est pas fini. »
Je me penchai pour l’embrasser mais il détourna la tête. Je le regardai, perplexe.
« C’est bon pour moi, » fit-il en me repoussant pour se lever.
J’étais scié. Mis à part les cinquante euros, j’avais vraiment l’impression d’être une prostituée à cet instant.
« Tu devrais y aller, » dit-il en se rhabillant. « Gina doit passer ce soir. »
Cette dernière phrase me fit l’effet d’un couteau que l’on me plantât dans le ventre. Je ne m’attendais pas à ce qu’il quittât sa petite copine pour moi, juste qu’il l’a mît de côté le temps que nous nous soyons rassasiés l’un de l’autre. Or, il s’était rassasié bien plus vite que moi, apparemment. Une nausée soudaine me prit. Je me dégoûtais. Il avait fait de moi ce qu’il voulait, et à présent, me jetai tel un vieux vêtement dont on n’aurait plus besoin. Un goût amer m’emplissait la bouche et cela n’avait rien avoir avec son sperme.
Je quittai son lit et sa maison sans même lui jeter un dernier regard. Les larmes me montaient aux yeux. Je me sentais tellement humilié. Et j’avais la certitude que, plus jamais de ma vie, je ne ferais confiance à quelqu’un.
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